Brassens chanté par…

En cette année Brassens, les rééditions, hommages, événements… affluent ! Parmi eux, le disque Brassens chanté par… délivre des reprises un peu maladroites, assez éloignées de la délicate sobriété du poète.

En parallèle de l’exposition à la Cité de la Musique (Brassens ou La Liberté), citons ainsi la parution de Pensez à moi, Neuf textes de jeunesse, par Bertrand Belin, François Morel et Olivier Daviaud ; la relecture jazz du poète, tout en orfèvrerie, du guitariste Christian Escoudé (Au Bois de Mon Cœur), la sortie du deuxième volume de Brassens l’Irlandais (Totem), ou encore la somptueuse reprise de La Mauvaise Réputation par le sorcier réunionnais, Danyel Waro. A l’ombre du géant populaire du patrimoine, avec ce bien commun tombé dans l’espace public, chacun tente sa route, et sa version.

Dans cette lignée, le disque Brassens chanté par... s’attaque à la gageure. L’idée, a priori, n’était pas mauvaise : les représentants de la “nouvelle scène française”, Les Ogres de Barback, Debout sur le Zinc, Aldebert, Agnès Bihl, Yves Jamait, Weepers Circus revendiquent le legs de ce “grand-père” et confient avoir bu à la fontaine de ses mots et, tout jeunes, croqué ses notes… Oui, mais.

Ici, l’héritage semble bien mal endossé et résonne maladroitement. Pour illuminer ses mots, Brassens ne cherchait pas l’emphase, mais la pertinence d’accords posés juste, une sobriété exemplaire, et l’adéquation parfaite avec son vocabulaire, tissé d’humour, de révoltes et de petits drames. Ici, trop de flonflons et d’instrumentations parfois mal gérées viennent empeser la légèreté, entacher la retenue et la modestie… Les Passantes (Debout sur le Zinc) n’avaient nul besoin de cet orchestre un peu balloche pour alourdir leur balade ; sur Le Parapluie (Weepers Circus), de lourdes gouttes hispanisantes laissent traîner – aïe aïe aïe – un goût douteux ; quand La Cane de Jeanne (Weepers Circus) claudique, boîteuse, sur des arrangements tragiques.

Et puis, il y a ces chants ampoulés, sur-joués (Agnès Bihl sur La Chasse aux Papillons), ces exclamations qui se veulent comiques (Aldebert), mais tombent à côté de la plaque… Plus dérangeantes encore : ces sempiternelles reprises sur fond de guitare manouche ! Combien de fois, déjà, a-t-on entendu cette scie, Les Copains d’abord, avec des arrangements pseudo-Django ? Jusqu’à l’écœurement ! Aldebert ici réitère l’experience, comme Yves Jamait sur Marinette et Le Parapluie.

Restent alors les deux chansons des Ogres de Barback : une version impressionniste (piano-voix au début, qui s’étoffe au fur et à mesure), assez convaincante de Je me suis fait tout petit, et une visite en toute anarchie des Sabots d’Hélène par une chorale d’enfants facétieuse, hommage foutraque au poète. Deux titres, donc, pour sauver un disque qui, hélas, rappelle la célèbre expression : “Comme des éléphants dans un magasin de porcelaine”.

Anne-Laure Lemancel, Radio France Internationale

http://www.rfimusique.com/actu-musique/brassens-chante

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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