Crise financière: arrêtez le massacre!

late m’est témoin que j’ai donné tort aux dirigeants politiques cet été dans la crise. Ils ont été en retard, ils proposent des plans insuffisants qui ne sont ensuite mis en place que partiellement. Ils n’ont pas pris l’ampleur de la défiance des marchés financiers à leur égard. Marchés qui, pour résumer brutalement, pensent que l’Occident, Etats-Unis et Europe, sont comme le Japon dans les années 1990, incapables de trouver en eux l’énergie nécessaire pour empêcher leur déclin. La dette n’est que l’indice du mal: le mal est la faiblesse politique devant l’urgence et la dureté économiques.

Que devraient faire les politiques? La réponse est simple. Ne pas suivre pas à pas, en retard mais servilement, les diktats des marchés.

Aux Etats-Unis, il faudrait que le président Obama trouve un accord très rapidement avec les républicains (il aurait dû le trouver depuis des mois), accord qui installe une austérité à moyen terme pour mettre le pays sur un chemin crédible de réduction de sa dette énorme (100% du PIB) mais que, dans le très court terme, ne soient pas prises des mesures qui sabotent une reprise très fragile. Maintenir la croissance devrait être la consigne absolue du moment étant donné que les «fondamentaux» de l’économie américaine sont très médiocres: l’immobilier plombe la consommation, l’emploi ne repart pas, l’export n’est pas suffisant.

Quitter le chacun pour soi pour les Etats-Unis d’Europe

En Europe, il faudrait, à l’inverse de ce qui est fait, également distinguer le court terme du moyen terme car l’impératif est le même: éviter de retomber dans la récession. A terme, les pays de la zone euro devraient annoncer un saut fédéral. Preuve est faite que la voie habituelle des petits plans de sauvetage les uns après les autres, toujours en retard, ne convainc plus les marchés. Ils veulent un plan d’avenir et d’ensemble qui tienne la route et il n’y a que deux choix possibles.

Le saut dans le vide: la sortie de l’euro des pays sur-endettés mais lesquels? Vraisemblablement, dans la déconfiture qu’installerait cette solution, il faudrait aller jusqu’à exclure l’Espagne et l’Italie, la France restant la fragile limite de la nouvelle zone euro. On le dit net: cette issue est la mort de l’Europe. Au lieu de lui redonner un avenir,  la coupant en deux, elle accélérerait son déclin.

Reste l’autre solution: la sortie par le plein, le fédéralisme. Elle est très complexe car le contexte politique est inverse. Le chacun pour soi s’est installé. Aussi, elle ne peut être qu’un but, à négocier démocratiquement, dans un délai raisonnable mais néanmoins serré: 5 ou 8 ans. Ce fédéralisme suppose de créer des instances communautaires toutes nouvelles et crédibles, un vrai gouvernement européen assis sur des impôts européens et un parlement aux pouvoirs très renforcés. Cette Europe n’est pas si inatteignable: une gestion très rigoureuse à l’allemande du reste des budgets nationaux, un peu de transferts financiers du nord au sud, une mobilité considérablement accrue des populations et, le plus difficile,  une spécialisation des régions-pays.

Je reconnais que nous sommes loin de ces Etats-Unis d’Europe mais, aujourd’hui, il pourrait suffire d’en affirmer simplement le but: voilà une proposition qui serait dans chaque pays le cœur des futures élections.

Mais en Europe dans l’immédiat, il serait temps que les gouvernements cessent leur course forcée à l’austérité.  Une rigueur est nécessaire partout, une austérité concomitante partout conduit forcément à freiner la croissance et à aller contre le but recherché. On le voit en Grèce: les mesures gouvernementales ont conduit à une récession de 5% qui prive de recettes l’Etat grec, creuse son déficit et rend la dette «hors de contrôle». Cette politique qui se tire dans le pied est absurde. Trop c’est trop!

Le toujours plus criminel des marchés

Les marchés devraient, eux, se satisfaire d’un plan sérieux en deux temps: croissance aujourd’hui, réduction de la dette demain. Les investisseurs ne peuvent pas ne pas le comprendre. Ils savent que la surenchère actuelle conduit la cassure de la reprise, ils peuvent donc admettre qu’il faut laisser un peu de temps et de mou aux pays.

Mais les marchés semblent aujourd’hui hors de raison. Ils exigent un toujours plus d’autant plus criminel qu’il est auto-réalisateur. A spéculer contre la dette de la Grèce ou de l’Italie, ils montent les taux et rendent celle-ci effectivement insoutenable. Ils cassent le moral de tout les acteurs, ménages, entreprises… écroulent la croissance et se font du mal à eux mêmes. En outre, si les marchés savent qu’ils ne peuvent pas se passer de l’Europe, ils ne peuvent pas n’investir que dans les émergents! Il faut donc qu’ils admettent que la politique puisse imposer (un peu) sa lenteur et sa complexité.

Arrêtez le massacre! Que les gouvernements annoncent des plans incontestables de moyen terme. Que les marchés retrouvent la raison.

Eric Le Boucher, Slate.fr

http://www.slate.fr/story/43233/crise-financiere-marches-arretez-massacre

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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