DSK reconnaît une «faute», mais évoque déjà un après (européen?)

Pour DSK, confiait un proche à Marianne il y a quelque temps, « le plus gros traumatisme [était] d’avoir passé 100 jours sans parler. » On ne sait pas si le supposé « traumatisme » s’est évanoui à l’issue de son interview à TF1, mais il aura en tout cas offert aux Français un bien étrange moment de télévision. Un entretien à classer dans leur vidéothèque juste à côté de ceux de Dominique Baudis et d’Isabelle Adjani, au rayon des interviews au JT de la première chaine qui, immanquablement après visionnage, laissent aux téléspectateurs une impression de malaise.

Le voilà donc face à Claire Chazal (une proche d’Anne Sinclair) portant le costume sombre de circonstance, l’air grave de rigueur, le visage fermé que l’on se doit d’afficher et s’exprimant en prenant soin de détacher chaque mot prononcé. Mais on s’imagine aussi en coulisses, ses amis communicants articulant du bout des lèvres, mais en silence, les mêmes mots que lui, ces formules qu’ils ont à l’évidence minutieusement ciselées ensemble. Si bien que l’on ne sait pas quelle est la part de communication de crise à mettre à leur crédit et quelle est celle que l’on peut mettre au compte de la sincérité de Dominique Strauss-Kahn…

Après tout, on ne saura jamais. Comme on ne saura également jamais ce qui s’est passé derrière les murs de la suite 2806 du Sofitel de New York.

Un avenir européen ?

DSK, lui, aura livré sa vérité télévisuelle sur cet épisode, s’appuyant de tout son poids sur le rapport du procureur et taclant au passage « le tabloïd qu’est devenu L’Express » car l’hebdomadaire aurait, selon lui, « présenté comme un rapport médical ce qui n’est que la fiche d’entrée à l’hôpital de Nafissatou Diallo reposant sur ses déclarations » : « Ce qui s’est passé, explique-t-il, ne comprend ni violence, ni contrainte, ni agression, ni aucun acte délictueux ». L’ex-directeur du FMI y voit « une relation inappropriée » (un terme déjà utilisé par Bill Clinton lors de l’affaire Monica Lewinsky) et « une faute morale » : « Une faute, a-t-il expliqué, vis-à-vis de ma femme, mes enfants, mes amis. Mais aussi une faute vis-à-vis des Français qui avaient placé en moi leur espérance de changement. » Car il l’a confirmé (au cas où certains avaient fini par croire les aubristes et leur réécriture de l’histoire) : « Oui, je voulais être candidat ». Tout comme il a affirmé (y en avait-il pour toujours y croire ?), qu’il n’est, aujourd’hui, « évidemment pas candidat ». Veut-il y voir un piège ou un complot comme certains de ses proches l’ont parfois laissé entendre ? « Un piège c’est possible, un complot nous verrons… », a-t-il laconiquement répondu avant d’évoquer des « zones d’ombres. » Même discours ou presque au sujet de l’autre affaire, l’affaire Tristane Banon : il n’y a eu, à l’en croire, « aucun acte d’agression, aucune violence ».

Après avoir dit la « chance folle » qu’il avait d’avoir « une femme exceptionnelle » comme Anne Sinclair à ses côtés, après avoir dit son « respect pour les femmes » dans leur ensemble et reconnu que les sommes d’argent évoquées lors de l’affaire aient pu « choquer » (tout en cherchant tout de même à justifier la location de la somptueuse maison dans le quartier de Tribeca), l’interview a changé du tout au tout, passant comme par enchantement du sordide fait divers à la politique hexagonale et à la crise économique. Comme si l’opération décontamination dont il devait rêver était immédiatement lancée sans que le mot « excuse » (comme l’espérait Arnaud Montebourg et certainement d’autres avec lui) n’ait été prononcé.

DSK aura en tout cas eu le bon goût de ne pas dire sa préférence dans la primaire, reconnaissant que ce n’était pas là son « rôle ». Néanmoins, il s’est dit « sensible » à la « présence » de son « amie » Martine Aubry lors de l’affaire et a confirmé, au passage, l’existence d’un « pacte » avec elle, alors que cette dernière se refuse toujours à nommer leur accord de désistement mutuel ainsi. Voilà qui devrait encore un peu plus compliquer la tâche du maire de Lille dans une campagne déjà très laborieuse…

Point d’avenir en France donc pour DSK. En tout cas, pas dans l’immédiat. En revanche, il est clair que l’ancien héros des sondages n’a pas voulu insulter l’avenir et semble s’être déjà positionné pour remplir des responsabilités au niveau européen. Fut un temps, on s’en souvient, on le disait hésitant entre des responsabilités élyséennes et un glorieux poste à la tête de l’Union. Face à la présentatrice du 20 heures de TF1, DSK a ainsi pris soin de bien montrer son intérêt pour des sujets qui ne concernent pas vraiment la France mais bien l’UE, comme les questions démographiques par exemple. Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, et Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe n’ont qu’à bien se tenir. Vingt-quatre minutes et quelques secondes de confessions et de profil bas, et voilà déjà super DSK de retour ?

Gérald Andrieu, Marianne

http://www.marianne2.fr/DSK-reconnait-une-faute–mais-evoque-deja-un-apres-europeen_a210554.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
This entry was posted in News and politics. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s