Impossible n’est pas européen

«On vous l’avait bien dit!» Les eurosceptiques retrouvent place à la tribune: la crise des dettes souveraines vient à l’appui de leur thèse d’une «impossibilité de l’euro». Ils redisent aujourd’hui haut et fort:

«Les pays de la zone euro ne constituent nullement une zone monétaire optimale. Les divergences affectant les taux de croissance, les rythmes d’inflation, la productivité du travail étaient trop importantes pour pouvoir s’accommoder d’une monnaie unique, sans intégration politique et fiscale, donc sans l’union de transferts honnie par les Allemands.»

Les marchés disent la même chose. Ils questionnent les gouvernements sur leur solidarité avec les Grecs ou les Portugais: les aidez-vous? Les aidez-vous assez pour qu’ils puissent honorer leurs créanciers? Et, depuis deux ans, la réponse des partenaires européens est insatisfaisante aux yeux des marchés qui, en clair, veulent un grand saut fédéral.

Tout tourne autour de cette «impossibilité»: l’euro ne peut fonctionner qu’avec du fédéralisme, mais les peuples, pas seulement les Allemands, refusent de céder de la souveraineté nationale. C’est l’impasse. La crise perdure et les eurosceptiques triomphent.

Est-ce vrai? Il faut noter que la victoire de ceux qui prédisent l’«éclatement inévitable» n’est pas acquise. La Grèce est toujours dans la zone euro et les responsables politiques disent être déterminés à ce qu’elle y reste.

Pas à pas, ils ont mis en place un dispositif à trois volets pour sauver la Grèce: une aide de deux fois 110 milliards d’euros (des prêts bonifiés), une coupe «volontaire» des dettes par les banques (pour éviter de devoir juridiquement parler de «défaut») de 21% et des mesures drastiques d’austérité.

Parallèlement, a été créé un mécanisme de sauvetage des pays endettés qui n’existait pas: le Fonds européen de stabilité financière qui va devenir permanent et sera renforcé, une fois voté par les Parlements des pays membres, singulièrement par le Bundestag, le 29 septembre. De son côté, la Banque centrale européenne a jeté aux orties son orthodoxie qui lui interdisait d’acheter des obligations d’Etat.

Ce que l’Europe s’interdisait

A chaque étape, l’Allemagne a rechigné, publié des textes annonçant qu’on courait au précipice, des responsables ont démissionné en cascade. Mais l’Allemagne a suivi.

Chemin faisant, l’Europe est désormais très loin de sa construction de départ, qui était appuyée sur trois interdits: pas de sauvetage d’un pays surendetté, pas d’union budgétaire, pas de défaut.

Le premier interdit a été renié ou, dit en termes plus diplomatiques, a été aménagé: il y a, non pas une aide, mais des prêts aidés.

Le deuxième est sur le point de l’être sous forme des eurobonds ou autres. Il faut que la Grèce trouve une spécialisation dans la zone euro qui lui assure une croissance et des emplois. C’est le point central. D’une façon ou d’une autre, il faut l’aider, l’austérité ne peut constituer la seule politique. Il s’agit d’un autre saut fédéral pas forcément immense.

J’admets que la solution n’est pas encore trouvée: en tout cas, il faudra que les salaires et les prix qui avaient trop monté dans les pays du Sud européen subissent une correction structurelle indispensable. La Grèce n’est pas seule concernée, tous les autres pays le sont, y compris la France, face à l’Allemagne.

S’il faut émettre un doute –en clair, dire que les eurosceptiques conservent un argument–, c’est bien celui de savoir si chaque pays de la zone euro peut trouver cette spécialisation et comment l’aider. Les eurosceptiques n’ont pas gagné, les europhiles conservent la main.

Quant au troisième interdit, le défaut, ce sont les événements qui commanderont. Les gouvernements préparent un plan d’un (vrai) défaut grec. Mais ils le laissent au réfrigérateur, en attendant le vote du Bundestag. Ensuite? On verra.

Les marchés qui sont convaincus que la Grèce ne pourra pas rembourser sa dette de 350 milliards (même réduite, coupée de 21%) repartiront à l’attaque. Dans ce cas, Jean-Claude Trichet, qui est celui qui a refusé d’aller au-delà du défaut «volontaire», devra avaler son chapeau. Mais la Grèce restera dans l’euro.

Cette crise des dettes souveraines s’étendra peut-être au Portugal, qu’il faudra «traiter» lui aussi. Ou à l’Italie, qui, trop grosse pour la seule Europe, nécessitera une alliance mondiale (une aide de la Fed?). Les Américains y ont intérêt.

La crise n’est pas finie. L’Union a montré une lenteur de réaction mais aussi une incroyable souplesse. Rien n’est joué: la zone euro refaite peut tenir. Impossible n’est pas européen.

Eric Le Boucher, Slate.fr

http://www.slate.fr/story/43831/eurosceptique-crise-euro-grece

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
This entry was posted in News and politics. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s