Lampedusa : la défaite de Kadhafi n’a pas stoppé les flux migratoires

La crise migratoire n’est pas terminée. La semaine dernière, près de 1 000 immigrés tunisiens sont arrivés sur l’île italienne de Lampedusa dont 300 dans la nuit entre samedi et dimanche. En août, 2000 autres migrants étaient également arrivés en 48 heures. Ces derniers mois, le débarquement de Tunisiens sur le sol européen (et l’Espace Schengen, accessoirement), fuyant la crise économique de leur pays, avait créé une polémique dans toute l’Union, polémique qui a mené à une réforme des accords de Schengen.

On pensait pourtant la solution réglée, Rome et Tunis  avaient signé un accord pour réguler les migrations, Claude Guéant avait montré ses muscles pour expulser manu militari les Tunisiens arrivant sur notre sol, l’Union européenne avait envoyé son agence de choc Frontex. Mais cela n’a pas suffi. L’affaire de Lampedusa symbolise parfaitement l’incapacité des Etats européens à réguler l’immigration.

Mais il est vrai que les Tunisiens ont peu de raisons de rester dans leur pays. Si Ben Ali est parti, les emplois eux ne sont pas encore revenus, et l’Europe se montre particulièrement chiche concernant l’aide financière pour le redressement économique du pays. En août, l’Union européenne a généreusement débloqué… 110 millions d’euros pour la soutenir l’économie. Insuffisant pour un pays à reconstruire.

Le cas Libye

Et tout n’est pas terminé. Cette fois, tout se passe en Libye. Plus de 20 000 immigrés venant de Libye et essentiellement d’origine d’Afrique subsaharienne ont débarqué ces derniers mois notamment à Lampedusa ou en Tunisie. Jusque là, le colonel Kadhafi, du temps où il avait bonne presse chez les dirigeants européens, jouait le rôle de garde-barrière pour empêcher toute immigration clandestine massive. Une fois son régime défait, Kadhafi s’est montré nettement moins coopératif et a laissé la porte grande ouverte.

La situation s’annonce donc tendue et l’arrivée au pouvoir du CNT risque d’aggraver les choses. En effet, les migrants d’origine africaine et d’une manière plus générale tous les Noirs présents en Libye, sont accusés par les rebelles d’être des mercenaires à la solde de Kadhafi qui employait des hommes originaires d’Afrique noire  Mais, dans les faits, ce sont les travailleurs africains qui se retrouvent bien souvent emprisonnés.

Autant de persécutions qui ne pourront qu’inciter les migrants à rejoindre l’Europe. Les troupes opposées au dictateur ont déjà commis des violences et des arrestations arbitraires contre nombre d’entre eux, coupables simplement d’être Noirs. Ces violences racistes ont été dénoncées par Amnesty international et Human Rights Watch.  On aimerait voir Bernard-Henri Lévy s’emparer de cette cause-là.

Persécutions racistes

Et si le CNT s’est engagé à enquêter sur ces actes, il n’est pas pour autant prêt à jouer les humanistes. L’instance, promue par Bernard-Henri Lévy, veut en effet contrôler les migrants tentant de fuir le pays afin de vérifier que des mercenaires ne cachent pas parmi eux. Selon l’Office international des migrations, près de 3000 migrants sont actuellement bloqués dans la ville méridionale de Sebha, une des dernières poches de résistances des pro-kadhafi, en attendant les contrôles du CNT. Dans le port de Sidi Bilal, 1000 migrants africains sont également bloqués. Mais si le CNT continue de voir un mercenaire derrière chaque migrant africain, le climat de terreur ne fera qu’augmenter et entraînera ainsi les migrants dans des filières toujours plus clandestines et encore plus difficiles à contrôler.

Deux problèmes se posent donc. D’une part, le cas de ces victimes oubliées de la révolte libyenne, victimes de persécutions racistes de la part de troupes rebelles, compliquent la relation que peuvent avoir les occidentaux avec le CNT, déja miné par les accusations de liens avec Al Qaïda. D’autre part, l’accueil de ces migrants sur le sol européen, va poser plus de problèmes que celui des migrants tunisiens.

En effet, victimes de persécutions, les Africains venus de Libye pourront demander l’asile politique et sont donc plus difficilement expulsables. Quand bien même, on ne saurait où les expulser au vu de la situation politique que ce soit en Libye ou dans leur pays d’origine comme la Somalie. Le problème s’annonce donc compliqué.

Tefy Andriamanana, Marianne

http://www.marianne2.fr/Lampedusa-la-defaite-de-Kadhafi-n-a-pas-stoppe-les-flux-migratoires_a210567.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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