Fatoumata Diawara, l’élégante délicatesse vocale

Fatoumata Diawara est assurément une jolie fille. Elle possède la grâce féline de ces êtres surnaturels qui peuplent les légendes. D’ailleurs n’a-t-elle pas fait partie plusieurs mois de la «fabuloserie» à succès de la comédie musicale «Kirikou et Karaba»?

Pourtant, il y a quelque chose de très déterminé dans le fond de son regard, quelque chose qui rend curieux d’elle et empêche de se contenter de sa beauté, aussi rayonnante soit-elle. Il y aussi ce zeste de malice qui semble affleurer de son sourire…

Fatoumata Diawara est née en Côte d’Ivoire, a grandi au Mali et vit aujourd’hui en France, à Paris.

«Mes parents me trouvaient trop canaille, dit-elle en lançant un clin d’œil. Ils m’ont envoyée à la famille, au Mali et c’est là que j’ai commencé à apprendre ce qui fait notre culture: celle de la région du Wassoulou. Les voix des femmes, les instruments traditionnels, le style musical, tout me plaisait. Je ne risquais pas de m’assagir!»

Raffinée, passionnée, pluridisciplinaire

Attirée dès le plus jeune âge par la danse, elle s’intéresse également à la comédie et débute avec succès au cinéma dans le film de Cheikh Oumar Cissoko, «La Genèse». Faisant fi des réticences parentales, elle poursuit son itinéraire en Europe. Sa trajectoire l’amène notamment à rejoindre les rangs de la compagnie française Royal de Luxe ou encore à servir une adaptation d’Antigone de Sophocle par Jean-Louis Sagot-Duvauroux.

Le talent de la jeune femme se confirme, son expérience se consolide et tour à tour, chaque territoire artistique exploré enrichit le suivant. Sans l’avoir jamais décidé, Fatoumata devient artiste.

«Je suis passionnée par le spectacle, dit-elle. Au théâtre, je sers une idée et un personnage. Dans les concerts, je suis présente à 100%. Je ne choisis pas entre chanter, danser ou jouer: tout me plaît et tout m’enrichit.»

Une voix en or au service des plus grands

Sur le plan musical, Fatoumata Diawara met d’abord sa magnifique voix au service des autres. Ils ont pour noms, entre autres, Damon Albarn, Herbie Hancock, Toumani Diabaté, Cheick Tidiane Seck. Excusez du peu.

Désormais, cette Malienne de seulement 29 ans possède suffisamment d’assurance pour occuper seule le devant de la scène.

«Je compose tout le temps et depuis toute petite. Ma voix était une façon de me relier, de façon intime, à mes parents et à ma mère en particulier car j’ai quitté le toit familial très jeune. C’est d’ailleurs pourquoi je chante en bambara avec l’accent du Wassoulou. Je ne cherche pas à faire entendre une belle voix à tout prix, mais à donner quelque chose de moi à travers ma voix. Je suis sûre que les gens le sentent et comprennent à leur façon ce que je dis, même s’ils ne parlent pas ma langue. Je veux qu’à travers ma voix on sente tendresse et amour.»

Elle présente son premier album éponyme, simplement intitulé «Fatou».  Elle en a composé les douze titres, a ciselé les paroles, joué de la guitare, assuré les arrangements et géré la production.

«À un moment donné, explique-t-elle, j’ai senti que c’était le moment et j’ai eu la chance d’être encouragée.Puis Oumou Sangaré m’a présentée à son producteur –Nick Gold, du label World Circuitet ensuite, il y a eu deux mois et demi fabuleux. J’avais des maquettes. Nick ne voulait pas faire tellement plus que ce que je lui avais proposé. Il voulait que ça reste intime, sans trop d’arrangements: exactement ce que je ressentais aussi.»

Entre Nina Simone et Erikah Badu

Le résultat est un petit délice auditif où les rythmes ouest africains se teintent de jazz, de folk, de blues, et où le dépouillement et la légèreté ne le cèdent en rien à la chaleur et à la sensualité. On tentera sans doute de classer Fatoumata Diawara quelque part entre Oumou Sangaré et Rokia Traoré.

«J’avoue que les comparaisons me sont égales, dit-elle en riant. Bien sûr, c’est un honneur de figurer au milieu de ces grands noms. Ce sont des musiciennes que j’écoute et Oumou est, de fait, la marraine de l’album. Mais j’écoute aussi plein d’autres musiques comme, en ce moment, Nina Simone, Dee Bridgewater, Ella Fitzgerald, Jill Scott, Erikah Badu… Tout cela me nourrit. Je sais juste qu’il y a une histoire que je dois raconter avec la flamme que je porte en moi.»

Évocateur des problèmes de l’Afrique moderne comme des belles légendes du passé, l’album, on le sent, est porteur des valeurs de la chanteuse. Et elle y a mis tout son cœur.

«Je sais ce que je veux, dit-elle encore. J’ai la chance d’avoir été signée par un grand label et je suis très encouragée, mais j’ai fait cet album pratiquement seule parce que je n’ai pas peur. Je me bats depuis toute petite pour ma liberté et j’ai désormais la chance de pouvoir être écoutée, alors ce n’est pas maintenant que je vais me laisser impressionner.»

Ecoutez «Fatou». Prenez le temps d’une lointaine escapade aux bords enchantés des esprits: l’élégante délicatesse de cet album vous enchantera.

Fatoumata Diawara, «Fatou», sortie le 1er octobre 2011 (World Circuit/Harmonia Mundi distribution). En concert à Paris au New Morning le 29 novembre 2011.

Kidi Bebey, Slate Afrique

http://www.slateafrique.com/44011/fatoumata-diawara-elegante-delicatesse-vocale

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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