Iran: le crépuscule d’Ahmadinejad

Les observateurs se posent depuis des mois la question de savoir quel peut être l’impact des révolutions arabes sur la République islamique Iran. Après le trucage de l’élection présidentiellede juin 2009, la population iranienne avait en quelque sorte donné l’exemple en descendant dans les rues pour réclamer le départ de  Mahmoud Ahmadinejad. La répression avait été féroce.

Première certitude, l’ébranlement et l’affaiblissement du régime syrien réduit de fait l’influence iranienne au Proche-Orient et sa capacité de nuisance. Elle prend aussi de court une fois encore la diplomatie américaine qui avait axé sa stratégie sur un soutien déguisé à Bachar el-Assad afin de casser la coalition Syrie, Iran, Hezbollah libanais et Hamas palestinien.

Du côté d’Israël, les liens militaires entre la Syrie et l’Iran constituaient et constituent encore une source de préoccupation permanente. Selon les renseignements militaires israéliens, la Syrie pointe 1.000 missiles balistiques sur des cibles israéliennes. L’Iran a financé un programme d’armement de grande envergure permettant à la fois à la Syrie de disposer de ces missiles et au Hezbollah de se doter d’un millier de roquettes. Les cibles israéliennes visées sont aussi bien des sites militaires que les centres des villes.

Dans le cadre de ce programme triangulaire, la Syrie s’est débarrassée de son stock de missiles à carburant liquide, facilement repérables par l’aviation israélienne, en les transportant clandestinement dans les zones contrôlées par le Hezbollah au Liban. Dans le même temps, les usines syriennes fabriquent, grâce à l’aide d’ingénieurs et de techniciens nord-coréens, des missiles à propulsion solide, difficilement détectables avant leur sortie des silos de stockage et dotés d’une grande précision.

Mais le maître d’œuvre de cette grande stratégie belliqueuse, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad est aujourd’hui dans une situation politique précaire dans son propre pays. L’instigateur du programme nucléaire iranien et de la stratégie de confrontation directe avec Israël, les Etats-Unis et les occidentaux est tout simplement en train de perdre le pouvoir. L’ayatollah Ali Khamenei lui a progressivement rogné ses prérogatives et ses appuis. Les dirigeants politiques iraniens ont profité de son déplacement à New York pour participer à l’Assemblée des Nations unies, le 23 septembre, pour quasimment l’évincer. Le Guide suprême a décidé d’éliminer ses partisans de la liste des candidats au Majlis, le parlement iranien, pour les élections de mars 2012.

Elimination des proches

Ali Khamenei a transmis ses directives à l’ayatollah Mohammad Kani, président de l’Assemblée des experts qui désigne les candidats. Eliminer du Majlis de tous les proches d’Ahmadinejad est la première étape de son remplacement au terme de son mandat en mai 2013 et peut-être même avant. Le Guide suprême n’a raté aucune occasion de l’humilier publiquement. Il a attendu qu’il annonce  dans une interview à la chaîne NBC, le 13 septembre, la libération imminente des deux randonneurs américains, Josh Fattal et Shane Bauer, accusés d’espionnage, pour bloquer la libération et déconsidérer la parole du président iranien qui s’est fait huer à New York.

Ahmadinejad a concentré sur sa personne tellement de rejets que les cadres politiques, religieux et militaires iraniens n’ont pas été surpris et ne sont pour la plupart pas mécontents de sa mise à l’écart annonçée. Il concentrait plus de pouvoirs que ses prédécesseurs et ses velléités de vouloir s’affranchir du Guide Khamenei avaient été mal interprétées. Le «vainqueur» des élections présidentielles de 2005 et 2009 est critiqué pour n’avoir pas pu empêcher les manifestations antigouvernementales qui avaient à l’été 2009 ébranlé le régime. Il a perdu définitivement la caution de son mentor qui lui a d’ailleurs interdit de s’exprimer sur la deuxième chaîne de télévision iranienne à la veille de son départ pour New York.

Corruption

Illustration supplémentaire de la fin programmée du destin politique de Mahmoud Ahmadinejad, son nom est maintenant associé aux accusations portant sur la disparition de trois milliards de dollars de banques iraniennes. L’escroc Amir-Mansour Aria, proche d’Ahmadinejad, a connu une carrière fulgurante et amassé une immense fortune en très peu de temps qui s’est effondrée. «C’est la plus grande affaire de corruption financière de l’histoire en Iran», a déclaré Mostafa Pour Mohammadi, chef de l’unité des enquêtes judiciaires. Le journal Kayhan, qui, relève Associated Press, reflète le point de vue des mollahs, a accusé Aria d’entretenir des liens avec l’ancien bras droit d’Ahmadinejad, Esfandiar Rahim Masha’i, accusé par les conservateurs de défier l’autorité de la théocratie iranienne.

Les religieux veulent éviter un affrontement direct qui pourrait devenir violent et meurtrier en relevant immédiatement de ses fonctions le président, mais ils cherchent à le discréditer et à l’isoler politiquement progressivement pendant les derniers mois de son mandat. De nouvelles personnalités se mettent déjà sur les rangs pour la prochaine élection. Les plus probables sont Ari Larijani, responsable des négociations sur le programme nucléaire avec l’occident et l’ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akhbar Velayati, conseiller de Khamenei pour les relations internationales. Ces deux proches du Guide Suprême sont deux faucons conservateurs. Pour autant, ils devraient avoir une position peut-être plus souple vis-à-vis des occidentaux et leur sémantique sera sans doute moins inutilement provocatrice.

Compromis nucléaire

Velayati a toujours été en rupture totale avec le discours belliqueux d’Ahmadinejad et a affirmé que «durant toutes ces années, l’action du Guide suprême a été fondée sur la conviction que le maintien de la paix mondiale passait par la reconnaissance de la souveraineté des Etats et par le respect des frontières internationales». Il n’a jamais appuyé la doctrine de «rayer Israël de la carte». Il estimait au contraire qu’un compromis sur le nucléaire pouvait être trouvé avec les occidentaux.

«La technologie et la maîtrise du nucléaire civil iranien doivent être préservées dans l’avenir. Ils constituent un acquis pour les objectifs pacifiques de l’Iran et un héritage de la génération de la révolution. Cet impératif s’exprime dans la participation au Traité de non-prolifération nucléaire auquel l’Iran a adhéré et qui lui donne des droits en contrepartie de ses engagements. C’est ainsi qu’un compromis pourra être trouvé entre les préoccupations communes à l’Iran et aux autres Etats.»

L’ère Ahmadinejad est bientôt révolue.

Jacques Benillouche, Slate.fr

http://www.slate.fr/story/44313/iran-ahmadinejad-crepuscule

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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