Les caravanes d’enfants qui font revivre les contes africains

Dix neuf heures : le spectacle commence rue Montorgueil, dans le centre de Paris. Gracia, la plus petite, six ans, arrive avec un aplomb qui fait sourire l’assistance à l’unisson. Elle y croit. Elle veut devenir « une star du conte » confiera-t-elle plus tard. D’emblée, elle propose au public de répéter la formule « tchikidi » dès qu’elle dira le mot « ouétchi ! ». C’est un vieux truc de conteur pour capter l‘attention de l’assistance.

Ils sont très forts ces enfants conteurs. Du haut de leur six ans ou dix ans maximum, ils content déjà comme des professionnels. Une gestuelle étudiée, ample, qui couvre l’espace, une voix forte, des mots complexes, presque désuets parfois, qu’ils utilisent en toute compréhension, une présence inouïe. Ils défilent ainsi, chacun avec un conte, étudié chez eux avec un des plus grands conteurs local. Chaque enfant est venu avec trois contes.

Ce sont les sages du village de Bohicon, au nord de Cotonou, la capitale du Bénin, qui ont demandé à Martine Macé, une Française installée au Bénin, son aide pour que les contes ne meurent pas chez eux. « Je les ai écoutés une nuit entière pour comprendre leurs besoins. Ils voulaient qu’on enregistre leurs contes et qu’on en fasse des recueils. »

Martine Macé leur a alors suggéré de garder le caractère oral du conte. Ils ont accepté. C’est là où elle s’est lancée dans le projet Mon conte roule, roule , roule. « J’avais envie que la magie du conte circule de génération en génération, de village en village et de continent en continent. »

Martine Macé est psychothérapeute. Elle utilisait déjà le conte comme outil thérapeutique, ludique et éducatif avec des patients toxicomanes dans la mesure où ils leur permettaient de se raconter leur propre histoire. « Le destin m’a emmenée au Bénin dit-elle. Je suis tombée amoureuse d’un village, d’un patrimoine, d’une culture. Là-bas, le conte représente le grand patrimoine national. »

Former des enfants à devenir conteurs

Le projet impliquait de trouver des enfants intéressés dans les écoles, de les sélectionner, les former, et d’en faire plusieurs groupes, de créer des caravanes d’enfants conteurs. Ensuite, ils pourraient faire « voyager » ces histoires en les racontant dans d’autres villages auprès des vieux, dans des écoles, les marchés, les festivals et même leur faire traverser l’Atlantique et passer les frontières jusqu’à la France.

Au départ, il y a eu une, puis deux, puis trois caravanes d’enfants conteurs. Chaque caravane compte dix enfants mais des « petits-frères » qui jouaient près du lieu de formation se sont ajoutés en chemin.

Les enfants étaient formés par des conteurs professionnels trois heures par semaine pendant un an. Ensuite, ils ont participé à trois jours de fête en allant conter dans les rues. Les écoles, les inspecteurs d’académie, les instituteurs ont participé au projet Mon conte roule, roule, roule.

L’Ecole du Patrimoine Africain, partenaire principal

Quand Martine Macé a présenté le projet à l’Ecole du Patrimoine Africain, ils ont tout de suite accepté. Située à Porto-Novo, au Bénin, l’EPA est spécialisée dans la conservation et la médiation du patrimoine culturel africain matériel et immatériel. Il n’y a qu’une école en Afrique spécialisée dans le patrimoine. Elle forme notamment des guides, des conservateurs de musée.

« L’EPA est notre plus grand partenaire. Grâce à eux, toutes les portes se sont ouvertes. » A la rentrée prochaine, l’EPA veut ouvrir trois nouvelles caravanes d’enfants conteurs.

Martine Macé confie que les enfants comprennent l’intérêt de garder ces contes vivants car ils vont les chercher auprès de leurs grands-parents. Ils les rapportent ensuite pour les travailler. Du coup, ils sont complètement impliqués et savent ce qu’ils font et pourquoi ils sont là. Avant d’être vecteurs des contes, ils en sont les acteurs.

Isabelle Artus, Radio France Internationale

http://www.rfi.fr/afrique/20111006-enfants-contes-benin

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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