Aubry-Hollande : claques de fin

Attention à la gueule de bois. A quelques heures du second tour de la primaire socialiste où sont attendus, dimanche, entre deux et trois millions de votants, la campagne interne a tourné à la bataille rangée entre partisans de Martine Aubry et de François Hollande. Est-ce la fatigue des candidats et de leurs équipes après huit semaines de campagne, ou la volonté d’emporter le morceau pour un second tour à l’issue ouverte ? Quoi qu’il en soit, les injures et les coups sont partis. Et en dessous de la ceinture. C’est la maire de Lille qui a cogné la première, peut-être pour brouiller la dynamique de «tous derrière Hollande» qui se profilait avec le soutien «exclusivement à titre personnel» consenti vendredi par Arnaud Montebourg à François Hollande, après celui, «exclusivement politique», dixit Hollande, de Ségolène Royal.

«Indigne». Dans un entretien au quotidien 20 Minutes, la candidate arrivée neuf points derrière son rival, déclare que «le système s’est créé son candidat et nous a matraqués de sondages», une flèche visant«bien sûr» Hollande. «Je ne suis fabriqué par personne d’autre que par les électeurs», a aussitôt répliqué l’intéressé à la sortie de son dernier meeting, à Paris. Après le candidat de la «gauche molle», le «candidat du système» ? Trop, c’est trop ! «Quand je pense qu’elle était prête à soutenir Dominique Strauss-Kahn, le candidat des sondages et d’Euro RSCG !» contre-attaquait un proche du député de Corrèze, rhabillant au passage Aubry en «candidate de substitution». «Face à lui lors du débat, elle dit : “François est mon ami.” Et dès qu’il a le dos tourné elle le pilonne. C’est indigne ! fustigeait un autre. Elle n’est pas dans un registre politique, mais dans la haine recuite !»

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les amis du candidat ont riposté sur Twitter. «Laissons ce vocabulaire à d’autres familles politiques», a dénoncé Pierre Moscovici, le coordinateur de campagne. Et François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon, d’enfoncer le clou : «Le vocabulaire de Le Pen ne doit pas être cité entre candidats.»«Ça suffit ! a tonné, de son côté, Manuel Valls. Je ne veux pas qu’on utilise les mots de la droite, voire de l’extrême droite !» Mais c’est Vincent Peillon qui s’est montré le plus brutal en décernant, sur BFM-TV, le «label Marine Le Pen» à la maire de Lille.

De quoi légitimement provoquer de hauts cris chez les amis d’Aubry. Et un sérieux rappel à l’ordre de la haute autorité des primaires. «Ce n’est pas un carton rouge, mais nous avons dit stop, collégialement. Face à l’apparition d’une polémique qui risquait d’enfler et de dégrader la primaire, nous appelons les candidats et leurs équipes à se maîtriser, a expliqué Jean-Pierre Mignard, son président. Nous demandons que le dénigrement comparatif ne se substitue pas au débat sur le projet.» Avant de convenir : «La primaire demande un extraordinaire surmoi aux candidats…» Et vendredi «le moi» et «le ça» des deux écuries semblaient en roue libre. Chacun accusant l’autre d’armer la droite en lui fournissant des munitions pour la présidentielle. «Après avoir inoculé le virus de la gauche molle, Aubry plombe les dernières quarante-huit heures de la primaire. C’est un drame pour nous», se désespérait un proche de François Hollande. Furieux. «Soit il réplique, et il se met à son niveau. Soit il garde de la hauteur, et c’est le procès en couille molle qui continue.»

«Trash». Les aubrystes tempéraient au maximum, se gardant de ressortir l’argument «des chochottes».«Arrêtez ! Ce n’est pas extrêmement violent. C’est deux trois coups de griffes. La politique, ce n’est pas le monde des Télétubbies», lançait Laurence Rossignol. Et la sénatrice de l’Oise d’ironiser sur les «oh le vilain, il a dit un vilain mot» : «Mais tout cela est normal. La fin d’une primaire aux Etats-Unis, c’est infiniment plus trash !» Certains, dans le camp de la maire de Lille, expliquaient même qu’en pourfendant le flou de certaines propositions de son rival et la mollesse de son tempérament elle faisait œuvre de salut public, débusquant des «loups» avant que la droite ne s’en empare.

Ces ultimes polémiques ont animé, sinon court-circuité, les derniers déplacements des deux finalistes, qui se voulaient rassembleurs. Martine Aubry a croisé la verte Dominique Voynet sur le marché de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Et François Hollande a trinqué avec Arnaud Montebourg (lire page 6) Un dernier coup avant le vote.

Matthieu Écoiffier, Libération

http://www.liberation.fr/politiques/01012365856-aubry-hollande-claques-de-fin

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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