Hollande, candidat de la symbiose ?

Sortant de son silence pendant la primaire socialiste, Lionel Jospin a adoubé François Hollande. Lundi 17 octobre, sur Canal+, l’ex-premier ministre, défait au premier tour de la présidentielle de 2002, a énuméré les raisons qui l’ont conduit à voter pour celui qu’il avait choisi pour diriger le Parti socialiste en 1997 : il a “le plus de talent politique” ; “il peutpeut-être mieux rassembler” ; ses chances de gagner sont “un peu plus grandes”. Au passage, M. Jospin a balayé l’argument avancé par Martine Aubry et repris par la droite, selon lequel le député de Corrèze serait handicapé par son absence d’expérience ministérielle : “Celui qui a connu l’ensemble de la sphère d’actions d’un gouvernement (celui de la “gauche plurielle” entre 1997 et 2002), c’est François Hollande”. Fermez le ban!

Vainqueur incontestable et incontesté de la primaire, avec 56,6 % des suffrages contre 43,4 % à Mme Aubry, M. Hollande se voit ainsi accorder par M. Jospin un brevet d’homme d’Etat. Mais le plus dur reste à venir : six mois de campagne d’ici au premier tour, le 22 avril 2012, face à un adversaire, Nicolas Sarkozy, impopulaire mais redoutable ; des alliés potentiels du côté des écologistes et à la gauche du PS qui vont semer sa route d’embûches ; et surtout la nécessité de changer de braquet pour, au-delà du “peuple de gauche”, “s’adresser aux Français”, comme il l’a souhaité, dès sa désignation le 16 octobre.

L’ex- “patron” du PS, qui y a pratiqué pendant onze ans l’art de la synthèse, souvent tiède et parfois molle, saura-t-il se transformer en candidat de la symbiose ? Si la synthèse est éphémère, la symbiose, en biologie, est plus contraignante. C’est “l’association obligatoire, indissoluble et durable de plusieurs organismes”. Les images du soir de sa victoire – la réconciliation, immédiate et médiatisée, avec Mme Aubry, les serments de loyauté des trois autres candidats socialistes – plaident en faveur d’une telle symbiose. Et elles feront l’objet d’une rediffusion, samedi 22 octobre, lors de la convention d’investiture. Mais le lien entre le PS et son candidat a toujours été, sauf en 1981, le noeud du problème.

Tous les socialistes ont en mémoire la mésaventure de 2007 quand le parti, ayant investi trés majoritairement Ségolène Royal, s’était empressé de divorcer avec sa candidate. Mais l’exemple de 1995 est encore plus éloquent. Après la défection de Jacques Delors, une primaire, limitée aux militants et sans débats, avait opposé Henri Emmanuelli, premier secrétaire en titre et tenant de “l’ancrage à gauche” du PS, à un de ses prédécesseurs, Lionel Jospin. Un cas de figure quasiment identique à celui de 2011.

Le 13 mai 1995, M. Jospin avait énuméré les écueils mis sur sa route par le PS, comme l’“écart public” entre le “droit d’inventaire” que le candidat voulait exercer sur le bilan de François Mitterrand et la révérence que le parti attendait de lui. Des écueils qui, pour M. Jospin, avaient mis en doute “sa capacité à présidentialiser” sa campagne. Une note interne avait mis en garde M. Emmanuelli contre “une entreprise de déstabilisation” des amis de M. Jospin visant à contester, au lendemain de la présidentielle, “l’ancrage à gauche” du PS. Son auteur, Jean Glavany, avait dénoncé “une manipulation”, assurant qu’il avait “déchiré des argumentaires anti-Jospin de la gauche socialiste et des fabiusiens”.

Depuis 1988, le scénario a souvent été le même : le (ou la) candidat(e) s’affranchit peu à peu du projet du PS tout en lui jurant fidélité et l’articulation entre le (la) prétendant(e) à l’Elysée et le parti est en panne. Pour 2012, le succès de la primaire – avec 2 860 157 votants le 16 octobre – et l’ampleur de l’écart – 13,2 points – entre les deux finalistes imposent et facilitent la symbiose. M. Hollande a récusé tout schéma d’“unecampagne avec double commandement”. “Ily a un candidat, a-t-il affirmé, c’est lui qui doit mener la campagne. Et il y a un parti qui doit être derrière son candidat.” Mme Aubry, qui a repris, dès le 16 octobre, son poste de première secrétaire, débarquant pour le moins rapidement Harlem Désir, qui avait assuré loyalement et plutôt impartialement son intérim, s’est mise aussitôt au diapason : “Nous avons maintenant un candidat, c’est François Hollande, et le Parti socialiste va travailler avec lui, derrière lui.”

La maire de Lille a tout intérêt à mener une telle stratégie. En multipliant les gages de loyauté, elle compte faire oublier ses attaques contre “la gauche molle” et les tensions de fin de campagne où elle avait fait de son rival le “candidat du système”, “plus facile à battre pour Sarkozy”. En se rangeant derrière M. Hollande, et en lui laissant les coudées franches pour sa campagne, Mme Aubry fait porter à lui seul la responsabilité de l’issue, qu’il gagne ou… qu’il perde. M. Hollande et Mme Aubry se sont rencontrés lundi 17 octobre et, sur TF1, le candidat lui a réitéré sa “confiance”. Ils devraient conclure rapidement un accord de réciprocité, gagnant-gagnant, permettant à M. Hollande de placer plus d’amis au sein du secrétariat national du PS et à Mme Aubry d’avoir plusieurs de ses proches dans l’équipe du candidat.

Pour que la symbiose soit parfaite, il y aura d’autres cactus à affronter en vue des législatives de juin 2012 : les négociations avec les alliés potentiels, et d’abord les écologistes, et les investitures, en décembre, des candidats du PS, où il faudra respecter l’équilibre des courants. Or, depuis le congrès de Reims en 2008, Mme Aubry n’a pas de majorité et la primaire a brouillé davantage les cartes. Et les projections du Monde et de l’Observatoire de la vie politique laissent entrevoir une majorité de gauche à l’Assemblée, même en cas de défaite de M. Hollande… L’équation s’annonce complexe.

Le Monde

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/19/hollande-candidat-de-la-symbiose_1590335_3232.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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