Rachida Dati, la dernière des sarkozystes

S’il ne devait rester qu’une seule personne, un dernier grognard (le féminin n’est pas très heureux, ici), pour entretenir la flamme qui s’est levée en mai 2007, aujourd’hui vacillante.
S’il ne devait subsister qu’une seule gardienne du temple, une dernière vestale, quand Morano se sera arrêtée de danser, quand Hortefeux sera rentré chez lui, en Auvergne, ouvrir une couscousserie, quand Guaino se sera retiré de la vie politique pour se consacrer à son maître-ouvrage – « C’était Sarkozy ».

S’il fallait compter sur une ultime fidèle pour faire barrage de son corps aux crachats qui ne manqueront pas de tomber sur la personne de l’omniprésident,  quand l’UMP ne sera plus, quand l’heure de « l’inventaire » à droite aura sonné, quand Copé y consacrera un show télévisé, ce serait, ce sera elle : Rachida.

Rachida Dat i. Aujourd’hui huée, moquée, bafouée, mais aujourd’hui déjà incarnation et rempart du sarkozysme dans ce qu’il eut de plus beau, de plus grand, de plus fort.

Rachida Dati, lit-on dans les gazettes du jour, « n’a pas aimé que François Fillon fasse ses adieux à la Sarthe et se prépare à se présenter, lors des prochaines législatives l’an prochain, dans sa circonscription, le VIIe arrondissement à Paris ». Le lecteur distrait qui s’arrêterait à cet incipit pourrait n’y voir qu’une énième et banale histoire de rivalité personnelle. Mais la lecture des propos de Rachida révèle tout autre chose : l’ancienne Garde des Sceaux ne combat pas d’abord pour une place, mais pour une certaine idée de la France. Celle pour laquelle votèrent une majorité de Français il y a presque cinq ans.

Rachida Dati rue dans les brancards. « Il faut dire les choses. La première, c’est qu’il [François Fillon] a dit à des ténors de la majorité qu’il allait être battu dans la Sarthe. Il a dit : “Moi je veux une circonscription sans électeurs et acquise à la droite”, c’est facile. Quel mépris pour la démocratie et pour les électeurs ! »

« … Je veux une République irréprochable. Le Président de la République c’est l’homme de la Nation. Ce n’est pas l’homme d’un parti, ce n’est pas l’homme d’un clan … »

Rachida Dati dénonce. « Il a le pouvoir, il a les moyens, il a reçu Jean Tiberi et il a fait recruter son fils au ministère des Finances à un poste contre l’avis du ministère des Finances, et alors que nous réduisons le nombre de fonctionnaires. Il a reçu les élus les uns après les autres pour leur proposer des postes et des tas d’autres choses. […] Il vient de recruter quand même à Matignon une personne pour se charger de sa campagne pour Paris. […] Il a embauché quelqu’un du Conseil de Paris pour effectivement suivre les affaires parisiennes pour son implantation dans Paris. Moi, je n’ai pas les même moyens, je n’ai pas le même pouvoir. »

« … Je veux donner à chacun sa chance. Je veux être le président de tous les Français. Je veux que les nominations soient irréprochables … »

Rachida Dati accuse. « Vous savez, François Fillon, c’est le Premier ministre de la France. Ben moi, je suis choquée qu’au lieu de s’occuper des Français et de leurs difficultés, d’aller sur le terrain, […] il est en Corée, au Japon […]. C’est bien d’aller parler aux Coréens, c’est mieux de s’occuper des Français, surtout en ce moment. Je suis choquée qu’il soit plus préoccupé par son avenir personnel. »

« … Je veux que les ministres (…) rendent des comptes. Qu’ils s’engagent sur des résultats … »

Rachida Dati s’accroche. « Je suis candidate aux législatives  ». Elle, l’élue patiemment implantée à Paris, contre le chasseur-parachutiste sarthois.

« … Je veux changer la pratique de la République : plus de sincérité, plus de proximité, plus d’humilité, plus d’authenticité … ».

Honnêtement : Rachida en 2011, n’est-ce pas Nicolas en 2007 ?

Alors – et là je m’adresse à notre Président – Nicolas, ne courbe pas la tête. Malgré les sondages, les affaires, les  incertitudes de  l’autre côté de la Méditerranée, la crise, et les négociations de marchand de tapis avec Angela. Tu as enfanté un idéal qui survivra à ta non-réélection, un idéal qui inspirera les jeunes générations politiques à venir, et qui sera défendu, même, contre toi et tes proches si jamais tu y faillis. Le sarkozysme originel, celui de mai 2007, brille dans les yeux de la courageuse Dati. N’est-ce pas la plus belle récompense pour un responsable politique ?

Variae, Marianne

http://www.marianne2.fr/Rachida-Dati-la-derniere-des-sarkozystes_a211904.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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