Sarkozy célèbre Sarkozy

L’Europe est sauvée. Merci qui ? Merci Nicolas Sarkozy, qui s’est octroyé, hier, une heure et quart d’autocongratulation sur France 2 et TF1 (voir la vidéo ici), dont les téléspectateurs ont dû patienter avant de découvrir la demi-finale de Masterchef. Un exercice qui, pour le président de la République, pouvait aussi passer pour une entrée en campagne, après huit longs mois d’abstinence médiatique.

Rien à voir avec le ton des dernières interventions, où Nicolas Sarkozy répondait familièrement à un panel de Français triés sur le volet. On est dans le solennel. «S’il n’y avait pas eu d’accord hier soir, ce n’est pas seulement l’Europe, qui sombrait dans la catastrophe, c’est le monde entier», attaque-t-il d’emblée. L’échec du sommet aurait entraîné «l’inimaginable» : «La faillite d’un Etat de près de 10 millions d’habitants, la Grèce.»

L’enjeu est historique, insiste-t-il. «Entre la France et l’Allemagne, c’est une histoire douloureuse.» Heureusement, il y a eu «de Gaulle et Adenauer, Giscard et Schmidt, Mitterrand et Kohl». Et maintenant Merkel et Sarkozy.

Le décor planté, le président de la République s’essaie à la pédagogie. Ce n’est pas «une crise de l’euro», explique-t-il, mais «une crise de la dette». Et d’illustrer son propos par des chiffres simples : comme les Grecs «ne pouvaient pas rembourser 200 milliards, nous avons demandé aux banques, qui portent une part de responsabilité», de faire l’effort qui a permis de réduire la dette «de 200 à 100 milliards d’euros». Autres chiffres chocs : «La France emprunte à 3% et la Grèce à 25%. Si les Grecs font des efforts, cela ne coûtera rien à la France.»

«Excès». Après la dramatisation, le chef de l’Etat se veut rassurant, se pose en responsable calme. «Je suis un être humain, et j’ai peut-être eu des torts dans ma vie, mais [mercredi soir] je ne me suis pas énervé. C’était trop grave.» A la question de savoir si le pays vit au-dessus de ses moyens, le chef de l’Etat reconnaît que «cela s’applique à la France». Mais il se garde bien «de passer d’un excès à l’autre, de l’insouciance à la déprime totale» même si, reconnaît-il, «nous n’avons pas voulu voir la réalité en face». Rigueur, austérité ? «Ce sont des mots que je ne prononcerai pas», réplique-t-il. «La rigueur, ce serait baisser les salaires et les retraites. Je m’y refuse», insiste-t-il, plaidant pour une «gestion rigoureuse» de la France. Et de rappeler au passage que les pays qui n’ont pas entrepris les réformes, comme l’Italie et l’Irlande, le payent aujourd’hui par des baisses de salaires de leurs citoyens.

Pour le budget 2012, «il n’y aura en aucun cas une hausse généralisée de la TVA. Cela pèserait sur la consommation, le pouvoir d’achat et cela serait injuste». Et il profite de l’occasion pour réviser lui-même la prévision de croissance pour 2012. Ce sera 1%, assène-t-il, comme en Allemagne, ce qui signifie «qu’il faut trouver de 6 à 8 milliards d’économies». Mais s’il exclut une hausse généralisée de la TVA, il élude la question sur la création d’un nouveau taux intermédiaire, confirmant les propos de François Baroin, selon lequel «rien n’est arbitré».

«Folie». Au fil de l’exposé, il affûte aussi ses piques contre la gauche. Discrètement d’abord : «Mon rôle de président de la République n’est pas de parler, de commenter les événements. C’est de prendre des décisions.» Puis de façon plus explicite : «Quand, en 1983, on passait l’âge de la retraite de 65 à 60 ans, les Allemands faisaient l’inverse.» Tout comme en 2001, quand «les 35 heures ont ruiné la productivité du pays». Les 35 heures, insiste-t-il, «une folie et une catastrophe sociale et économique».

Au détour d’une explication, Nicolas Sarkozy entre carrément en campagne présidentielle, s’en prenant à son adversaire socialiste, François Hollande, sans le nommer. Il s’inquiète ainsi du projet du candidat de créer 60 000 postes dans l’Education nationale : «Quand j’entends ça, je me demande : “Mais où va-t-on trouver l’argent ?” Sans demander de réforme, pour faire plaisir aux syndicats !» Autre socialiste visé, Arnaud Montebourg et son concept de «démondialisation». «Refuser la mondialisation ? On voit comme ça impressionnera, une attitude boudeuse de la France, les ouvriers chinois ou indiens qui veulent gagner leur vie», raille le chef de l’Etat.

Mais, c’est juré, Nicolas Sarkozy n’est pas en campagne. «Le débat sur ma candidature sera tranché fin janvier-début février», annonce-t-il. «J’ai fait mon choix, celui d’être président de la République jusqu’à la dernière minute et de faire mon devoir.» Pas question pour lui «d’empoisonner» les Français avec cette question.

Christophe Forcari, Christophe Alix, François Wenz-Dumas, Laure Bretton, Libération

http://www.liberation.fr/c/01012368292-c

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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