Sarkozy: le petit père courage de l’Europe entre en campagne

Deux intervieweurs apathiques, deux chaînes de télé, et une grosse heure pour faire rimer « président », avec une série de valeurs fortes (ou d’« éléments de langage », diront les plus cyniques). Vérité, responsabilité, devoir et protection, voilà pour le résumé de la soirée. Nicolas Sarkozy n’a pas bénéficié des éclairages flatteurs des caméras de télévision depuis huit mois ; ce jeudi 27 octobre, il entendait bien en profiter.

Première information essentielle de cette soirée donc : le président n’est pas un menteur. La preuve : il refuse la caricature. Pas question de répondre de manière tranchée à l’interrogation initiale : l’accord passé dans la nuit permet-il de sortir de la crise ou aide-t-il juste à colmater la brèche ? « Ni l’un, ni l’autre, répond le sage et prudent président. Si il n’y avait pas eu d’accord hier soir ce n’est pas seulement l’Europe qui sombrait, c’est le monde entier. » Après tout, une infime touche de dramatisation ne peut pas nuire au message.

Soucieux de démontrer à ceux qui en auraient douté que la situation est grave -les conseillers de Sarkozy parient sur l’idée qu’ « en pleine tempête, les Français n’oseront pas changer de capitaine »-, le président se lance dans l’énumération des crises auxquelles il a fait face depuis le début de son quinquennat. « En 2008, il y a eu la crise des subprimes, en 2009 la crise économique, en 2011 la crise de la dette, l’ensemble du monde développé se trouve face à une dette colossale. » Après le « président vrai », voici venu le « président courage », et, par malchance, victime de vicissitudes économiques et financières totalement déconnectées de sa propre responsabilité. Chers téléspectateurs et électeurs futurs, tout ça, « c’est pas sa faute », votez pour lui !

Mais qui dit non responsable ne dit pas irresponsable, foi de président-candidat ! Certes, le ciel de la crise grecque lui est tombé sur la tête et il s’en serait bien passé, mais en tant qu’homme d’action, Nicolas Sarkozy sait comment en tirer profit. « La Grèce peut se sauver grâce aux décisions d’hier », a-t-il ainsi scandé durant l’émission.

Comprenez : son volontarisme, son sens du devoir, son empathie, le poussent à oeuvrer pour remettre de l’ordre dans ce merdier européen. Et peu importe qu’Angela Merkel lui ait imposé ses vues, Nicolas Sarkozy s’est juré de tirer profit de ce sommet bruxellois. A coup de « nous avons décidé », « nous avons demandé », il tente de revêtir les habits flamboyants du général décisionnaire. « Mon rôle de président de la République ce n’est pas de parler, c’est de prendre des décisions. » Peine perdue. Même ses propres ministres, en off, avouent volontiers la domination germanique dans le couple franco-allemand. Mais lui n’en a cure, pour une fois qu’il s’adresse aux Français, après huit mois de diète médiatique, autant se parer des plus beaux atours…

Au risque de déraper.

En voulant promettre, une main sur le coeur, que le plan de renflouement de la Grèce n’a rien coûté aux Français, Sarkozy oublie de se censurer. A moins que ce ne soit son fameux désir de vérité qui s’exprime… « Les prêts de la France à la Grèce n’ont rien coûté, ils ont même rapporté 200 millions d’euros d’intérêts ! » En clair, la France a même réussi à se faire du fric sur le dos d’un pays aussi endetté que la Grèce. Pour le président protecteur, il faudra repasser.

Tant pis, c’est l’heure de l’autopromo. A son actif, Nicolas Sarkozy a une réforme : le recul de l’âge du départ à la retraite. Et il entend bien la vendre, la survendre, et la revendre. Comment ? En l’érigeant en véritable bouclier contre la crise de la dette. « Nous avons été protégés car nous avons fait la réforme des retraites à temps […] Cette réforme des retraites a protégé la France et a protégé les Français, regardez la Grèce, l’Italie, elles n’ont pas fait la réforme des retraites, les Italiens, les Grecs, le payent de baisse de salaires, et bien en France il n’y pas eu de baisse de salaires ! » La ficelle est un peu grosse ? Il assure : « J’essaye de simplifier une situation complexe sans jamais être caricatural. » Nous voilà rassurés.

Une fois le bilan et les grandes décisions légitimées, le président peut enfin chausser les confortable pantoufles du candidat. Aucune raison de changer d’angle d’attaque, celui choisi en 2007 a payé ; en 2012 on reprend le même et on recommence. Le savoureux « travailler plus pour gagner plus » devient « nous essayons de sortir d’un modèle d’assistanat, le travail n’est pas un gros mot », ou encore « moins d’assistanat et plus d’investissement, voilà la martingale gagnante ». En plus de la vérité et de la responsabilité, Sarkozy peut également se féliciter de faire preuve de clarté : il est entré en campagne.

Laureline Dupont, Marianne

http://www.marianne2.fr/Sarkozy-le-petit-pere-courage-de-l-Europe-entre-en-campagne_a211958.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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