Alexis Jenni remporte le Goncourt

C’est un premier roman qui remporte cette année le Goncourt, le plus  prestigieux des prix littéraires français, celui d’Alexis Jenni pour L’Art français de la guerre (Gallimard), fascinante fresque entre Indochine et Algérie qui questionne l’héritage des guerres coloniales.

Grand favori de ce prix convoité, ce professeur  lyonnais de biologie de 48 ans a été préféré “au premier tour par 5 voix contre 3 à Carole Martinez, a annoncé l’un des membres du jury, Didier Decoin. Alexis Jenni l’avoue humblement, il se considérait jusqu’ici comme “un écrivain du dimanche”. Cet agrégé de biologie n’a pourtant jamais cessé d’écrire depuis vingt ans, mais “de petites choses” restées dans ses tiroirs ou qui n’ont pas
marché.

Il s’attelle voilà cinq ans à ce livre, récit d’aventure et réflexion sur  l’héritage des conflits coloniaux. Son épopée entre Indochine et Algérie  achevée, il envoie son manuscrit de près de 700 pages, par la poste, à un seul  éditeur, Gallimard, dont c’est le centenaire et qui flaire aussitôt la  révélation de la rentrée. La plupart des critiques sont aussi conquis, et les  éloges pleuvent depuis la sortie du livre sur cet amoureux de cinéma, de bandes dessinées et de botanique, qui tient un blog dessiné, Voyages pas très loin.

Loin des premiers romans souvent nombrilistes, L’Art français de la guerre, au style classique, épique, parfois un peu grandiloquent, est un chant inspiré, baigné de sang et de combats, une méditation sur l’identité nationale et ces vingt ans de guerres coloniales qui
marquent encore les esprits aujourd’hui. Le roman, très lisible mais exigeant, a déjà été vendu à plus de 56 000 exemplaires. Il devrait bientôt faire beaucoup mieux : un Goncourt se vend en moyenne à 400 000 exemplaires.

LE RENAUDOT À EMMANUEL CARRÈRE

Le prix Renaudot traditionnellement attribué en même temps que le Goncourt a, lui, couronné Emmanuel Carrère pour son Limonov (P.O.L), portrait du sulfureux Edouard Limonov, idole underground sous Brejnev, clochard à New York, écrivain branché à Paris et fondateur d’un parti ultranationaliste en Russie. L’auteur, qui s’est dit “extrêmement content” d’avoir reçu ce prix, a estimé que cela devait être “inattendu pour Liminov”. “Sans immodestie, avec ce livre, j’ai sans doute aussi fait connaître ce personnage à
beaucoup de gens qui ne le connaissaient pas et j’en suis heureux”
, a-t-il ajouté.

L’écrivain, qui faisait figure de favori pour ce prix convoité, a été choisi par le jury au deuxième tour par six voix contre quatre à Sylvain Tesson pour Dans les forêts de
Sibérie
(Gallimard). Avant de devenir écrivain, scénariste et réalisateur, Emmanuel Carrère, né en 1957 à Paris, a débuté comme critique de cinéma à Positif et Télérama. Ses ouvrages sont traduits dans une vingtaine de langues.

Limonov existe. Emmanuel Carrère, dont les grands-parents maternels ont fui la Russie après la Révolution, l’a rencontré à Moscou. Né Edouard Savenko le 22 février 1943, il a 10 ans à la mort de Staline. C’est lui qui prend le nom de guerre “Limonov”, tiré
du mot qui signifie “grenade” en russe. Il a été voyou en Ukraine, idole de l’underground soviétique, clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan. Ecrivain branché à Paris, soldat perdu dans les guerres des Balkans puis vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados, le parti national-bolchevik.

A l’annonce de ce résultat, le véritable Limonov a dit ressentir “une joie méchante”. Refusant de dire ce qu’il pensait de l’œuvre d’Emmanuel Carrère, il a tout de même précisé que ce livre allait obliger “la société et l’opinion française qui voulaient que je sois politiquement correct à  finalement m’accepter tel que je suis”.

Le premier roman du fils de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse,  L’Amie du jaguar, est publié chez Flammarion en 1983, les suivants sortiront chez P.O.L : Bravoure (1984), La Moustache (1986), La Classe de neige, prix Femina en 1995 puis prix du jury à Cannes en 1997 dans son adaptation à l’écran par Claude Miller. En 2000, il publie  L’Adversaire, adapté au cinéma par Nicole Garcia, avant Un roman russe (2007) et D’autres vies que la mienne (2009).

Il a également réalisé deux films, Retour à Kotelnitch en 2003 et La Moustache avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos en 2005. En 2010, il a été membre du jury du Festival de Cannes présidé par Tim Burton.

Le Monde

http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/11/02/alexis-jenni-remporte-le-goncourt_1597323_3246.html

 

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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