Crise de la dette: retour à la case départ

Une folie politique et une idiotie économiqueMarkus Ferber, le spécialiste des questions européennes de la CSU, la branche bavaroise de la CDU de Mme Merkel, exprimait clairement dimanche 1er novembre la fureur allemande après l’annonce d’un référendum par le premier ministre grec George Papandréou. Fureur de voir réduit en fumée l’accord de sauvetage conclu la semaine passée à l’arrachéà Bruxelles. Un éventuel «non» du peuple grec, en janvier, remet en question tout le dispositif européen de défense des pays sur-endettés, la Grèce mais aussi le Portugal, l’Espagne et l’Italie.

«Folie politique»? M. Papandréou a préféré le référendum à des élections anticipées qu’il devine plus difficiles pour son parti. C’est un pari personnel, inattendu et, aux yeux des dirigeants européens,  consternant: il joue non seulement la dette grecque à pile ou face mais l’avenir de l’euro.

«Idiotie économique»? Le premier ministre crée une incertitude pendant 3 mois jusqu’au résultat du vote. Trois mois, c’est une éternité. Pour les marchés financiers ce référendum ouvre la voie à un défaut «désordonné» de la Grèce, au lendemain d’un vote négatif et, par effet domino, menace toute la zone euro. Exactement ce que l’accord de Bruxelles était censé être parvenu à éviter.

Marchés et dirigeants européens ont-ils raison de tomber à bras raccourcis sur le premier ministre grec? Il fallait que M. Papandréou soumette à l’approbation de son peuple le remède de cheval qu’il lui impose. Voilà deux ans qu’il est élu, l’histoire a pris un tournant dramatique, il est démocratique  de vouloir retremper sa légitimité. Fallait-il le faire comme çà, sans prévenir personne y compris son ministre des finances, au lendemain d’un accord à Bruxelles? Le vote de confiance au parlement, qui commencera mercredi 2 novembre, ne suffisait-il pas?

La réponse est complexe: imposer un terrible plan d’austérité, supprimer des postes de fonctionnaires, couper de 40% leurs revenus, forcer les Grecs à payer des impôts, construire une administration… tout cela provoque du chômage, des incompréhensions, des colères. Le débat est ouvert sur les responsabilités, sur le plan d’austérité, sur les alternatives, notamment une hypothétique sortie de l’euro. Les populistes qui clament que les Grecs paient pour les banques, donnent de la voix. Mais si le référendum porte précisément sur une sortie de la Grèce de l’euro, sur cette soi-disant alternative à l’austérité, alors le pari de M.Papandreou est compréhensible: comme il le clame, ce vote va «renforcer la Grèce dans la zone euro». Ce sera un vote de soutien au plan d’austérité.

Reste bien sûr que le délai, trois mois c’est impossible, il faut faire voter en deux semaines. Reste aussi le moment mal choisi, à peine une semaine après l’accord de Bruxelles. Celui-ci est jeté à terre. Or, il n’avait vraiment pas besoin de cela.

En réalité, la conception et le manque de détail du plan de sauvetage commençaient à venir au premier plan.

Sur la Grèce, l’objectif d’un retour à un endettement à 120% du PIB est salutaire. Cette partie là du plan est incontestée. Mais pour ce faire, on demande aux banques d’abandonner 50% de leurs créances grecques et pour les consolider devant ce choc et ses avatars, on leur demande de porter à 9% leur ratio de fonds propres. La conséquence, pour beaucoup d’économistes, sera de pousser les banques à couper leurs crédits pour obtenir ce ratio. La croissance déjà très affaiblie ne s’en remettra pas

L’autre défaut du plan concerne le FESF (Fonds européen de stabilité financière). Comme l’Allemagne et la BCE ont bloqué l’achat, massif et sans réserve,  par cette dernière des emprunts des Etats sur-endettés, au prétexte (légitime il est vrai) que c’est contraire aux statuts de la banque de Francfort, les dirigeants ont dû bricoler une autre solution. Un mécanisme d’assurance pour les détenteurs d’obligations publiques (20% des premières pertes par exemple) sera couplé avec d’autres fonds dits «véhicules» abondés par des non-Européens comme la Chine. Tout cela est rock-and-roll sur le principe: comme l’écrit l’économiste Laurence Boone un acquéreur d’obligations veut un actif sûr et pas à 80% sûr

Quant à l’intervention de la Chine, elle soulève à juste titre la question de la dépendance vis-à-vis de Pékin que créée une telle solution. Ces doutes en cascade, sur la croissance comme sur les banques et le FESF avaient laissé le doute sur les marchés. Les bourses étaient remontées jeudi et vendredi mais elles se sont ensuite repliées. Quant aux marchés obligataires ils n’ont jamais «intégré» l’accord de Bruxelles comme positif: le meilleur juge en était le taux des emprunts d’Etat italien qui restait à plus de 6%.

Bref nous revoilà à la case départ. Défiance et dépression. L’Europe arrive devant le G20 de Cannes dans une position ridicule. Dans le même temps, l’autre grande nouvelle économique, arrive des Etats-Unis: l’économie américaine semble se consolider un peu. Une récession semble écartée. Comment vont choisir entre ces deux tendances, mauvaises en Europe, bonnes en Amérique?  Une certitude: demain sera encore rock-and-roll.

Eric Le Boucher, Slate.fr

http://www.slate.fr/story/45797/crise-dette-grece-europe-retour-case-depart

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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