Pour sauver l’Italie, et l’Euro, Berlusconi doit partir

L‘Italie qui n’a demandé aucune aide, du moins officiellement, va néanmoins être placée sous tutelle, come la Grèce, le Portugal ou l’Irlande. A Cannes, au G20, on tient à ne pas humilier l’Italie, et c’est donc un porte-parole de la délégation italienne qui fait les couloirs en informant la presse à grand renfort de langue de bois. Rome n’a pas accepté une « surveillance » formelle de la part du Fonds monétaire international mais va solliciter des « conseils » et des « avis » de la part du fonds. C’est plus présentable, mais cela revient au même : l’Italie est placée sous surveillance internationale. Au passage, il s’agit d’un désaveu cinglant pour la Commission européenne, dont le rôle est justement de surveiller les politiques économiques des gouvernements et leur convergence.

Mais l’enjeu a dépassé l’Italie et même l’Europe. Le monde entier (ou du moins 85% du monde exprimé en PIB) se mobilise pour éviter une faillite de la Péninsule. C’est pour elle, et pas pour la Grèce, que Barack Obama dit à ses collègues réunis hier : « Il faut élever un mur d’argent, sinon rien ne sera contrôlé ». Car la dette de l’Italie 1900 milliards d’euros et 120% du PIB du pays est sous haute pression : les taux d’intérêts servis s’établissent maintenant à 6,4%, et se rapproche dangereusement des 7%. Rappelons que c’est lorsque que ce niveau fut atteint que la Grèce, puis le Portugal durent être secourus. C’est aussi pour parer le danger italien que les ministres allemands, américains, français et italien se sont réunis hier soir. Il faut mettre d’urgence en place les nouvelles capacités du fonds européen de stabilité financière (FESF). Pour l’heure,  il ne reste que 250 milliards d’euros disponibles. Il faut parvenir à 1000 milliards. Pour cela le FESF ferait de la garantie de crédit sur 20% de la dette italienne. Cela permet d’assurer, en théorie, la sécurité pour autant d’émission de dette par Rome. Ce nouveau FESF davit se mettre en palce en quelques semaines. Hier soir Angela Merkel et Nicolas sarkozy ont décidé de hâter le pas.

Il y a effectivement urgence. Mario Draghi, nouveau président de la BCE, a fait savoir jeudi aux gouvernements qu’il « ne faut pas trop compter sur la BCE ». Sous-entendu : on rachète un peu de dettes publiques italiennes pour que le système ne s’effondre pas, mais dépêchez-vous d’agir. D’autant que l’inquiétude des marchés se déplace vers la France.

Mais les Français et les Allemands sont excédés de devoir faire tant d’efforts pour un homme, Silvio Berlusconi qu’ils jugent avec sévérité. La spécialité du président du Conseil italien est d’arriver devant ses pairs avec un plan d’austérité, qu’il ne met jamais en œuvre. Dans les coulisses, on ne cache plus attendre le départ de cet homme qui « passe plus de temps devant les tribunaux qu’au chevet de son pays ». Un conseiller de Sarkozy fait la comparaison avec l’attitude de l’espagnol Zapatero qui s’est sacrifié pour le bien de son pays, puisque des élections ont lieu dans trois semaines en Espagne, auxquelles le président du gouvernement a renoncé à participer.

Berlusconi est ressenti comme l’obstacle politique majeur de l’euro, celui qui annihile toute possibilité de retrouver de la crédibilité. Mais évidemment, officiellement, il n’est pas question qu’un gouvernant remette en cause la légitimité d’un autre gouvernants, régulièrement et démocratiquement élu. La doctrine de la « souveraineté limitée » européenne a ses limites médiatiques. Mais en Italie, la tutelle du FMI peut être ressentie différemment.

« Berlusconi doit partir, explique à Marianne une journaliste de la Repubblica (centre gauche). Et le fait qu’il obtienne des votes de confiance au Parlement ne doit pas faire illusion. Nous savons tous qu’il achète les votes des députés. Ce n’est pas la démocratie, mais la ploutocratie qui le soutient ! » Mais la mise sous tutelle apparait comme un compromis : faute de pouvoir renvoyer Berlusconi, les maitres du monde, réunis à Cannes, ont placé son pays sous surveillance.

Hervé Nathan, Marianne

http://www.marianne2.fr/Pour-sauver-l-Italie-et-l-Euro-Berlusconi-doit-partir_a212071.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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