Plan Fillon, la pilule du lendemain

« Rigueur », « austérité »… Voici dix jours, Nicolas Sarkozy avait déclaré à la télévision, répondant aux questions de Jean-Pierre Pernaut et Yves Calvi, qu’il « n’emploierait pas ces mots-là ». Eléments de langage, comme on dit à l’Elysée. Dites « gestion de crise », dites « déficit », mais surtout pas rigueur. Badaboum ! Le mot rigueur est la une de tous les journaux, même du Figaro de Serge Dassault et Etienne Mougeotte, c’est dire…

Ce n’est pas par hasard si le chef de l’Etat a laissé à son « collaborateur » le soin d’annoncer les mauvaises nouvelles : François Fillon incarne la rigueur comme on disait naguère qu’Alain Juppé incarnait l’impôt. Et qu’importe si le gouvernement navigue à vue, s’il donne l’impression d’improviser, pire, s’il change d’avis (notamment sur la TVA qu’il avait promis de ne pas augmenter). La leçon politique de l’ordonnance du docteur Fillon est ailleurs : Nicolas Sarkozy a choisi de faire de la crise un argument de campagne : « je serai le candidat responsable » ! Sous-entendu : face à un candidat déraisonnable ! Et il a trois mois pour en faire la démonstration.

Trois mois pour satisfaire les agences de notation et sauver le sacro-saint triple A de la France, mais surtout trois mois pour laisser au gouvernement le soin de faire le sale boulot et, une fois les mauvaises nouvelles digérées, entrer en campagne début février.

La question politique, au fond, n’est pas de savoir si les Français doivent faire des efforts, mais si ces efforts sont justement répartis. Or, au lieu de renoncer aux cadeaux fiscaux faits aux riches, le gouvernement a choisi de faire payer la crise à tous les Français – en particulier aux classes moyennes… Et pour cause : renoncer à la défiscalisation des heures supplémentaires – qui coûtent tout de même 4,5 milliards d’euros à l’Etat et empêchent, en temps de crise, la création d’emplois – c’eut été admettre qu’on avait eu tort de les créer. Politiquement impossible ! S’attaquer pour de bon aux niches fiscales, c’était prendre le risque, dans une année présidentielle, de fâcher des catégories entières d’électeurs. Politiquement suicidaire.

Mais Nicolas Sarkozy connaît son histoire politique sur le bout des doigts. Il sait que le plan Barre de 1976 a peut-être fait perdre Giscard en 1981 ; que le plan Mauroy de 1983 a sans doute fait perdre les législatives à la gauche en 1986 ; que le plan Juppé a assurément fait perdre les législatives à la droite en 1997…

Pour autant, le chef de l’Etat, déjà dans ses habits de candidat, fait le pari inverse : il croit, il pense, il est sûr que la crise va le faire gagner. Comme tous les paris, il peut le gagner, mais il peut aussi le perdre. Aujourd’hui, près de 7 Français sur 10 souhaitent qu’il s’en aille. Verdict dans six mois.

Laurent Neumann, Marianne

http://www.marianne2.fr/Plan-Fillon-la-pilule-du-lendemain_a212276.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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