Presse ethnique ou communautariste ?

La presse ethnique, ce sont aussi des magazines de niches féminins qui encensent les beautés noires, maghrébines ou métissées. Des titres comme Gazelle, Brune, Miss Ebène ou Amina rêvent du succès de leurs grandes sœurs américaines comme Ebony et Essence qui s’offrent maintenant de la publicité à la télévision. L’idéal républicain français n’aime pas beaucoup ces titres parfois qualifiés de presse communautariste. Qu’en est-il vraiment?

Dans la presse ethnique le pionnier du genre s’appelle Amina, fondé il y a bientôt 40 ans par Michel de Breteuil. A l’époque, le concept d’un féminin pour les femmes africaines ou celles de la diaspora est novateur et Amina devient très vite un incontournable de la presse féminine en Afrique. On y parle vie quotidienne, beauté, coiffure, mode, mais aussi business, littérature, politique, éducation, et toujours du point de vue des lectrices. Un magazine qui s’est adapté mais qui garde ces spécificités.

« On a dans le magazine des particularités, explique Nicolas de Breteuil, directeur de la publication d’Amina. Je pense notamment à notre roman-photo qui est fait par des gens du continent avec des histoires croustillantes et amusantes et qui intéressent beaucoup de monde. A l’origine, notre magazine était un-roman photo avec quelques articles. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Il y a beaucoup d’article et un roman-photo à la fin. Cela fait partie de notre folklore à nous. »

Parler sans complexe de la tradition

Aujourd’hui Amina tire à 80 000 exemplaires et se targue d’avoir dix lecteurs pour un magazine acheté. D’autres titres comme Brune ou Miss Ebène visent les femmes d’origine étrangère ou de double culture. C’est aussi le cas de Gazelle qui s’adresse aux trois millions de femmes d’origine maghrébine qui vivent en France. Gazelle se veut laïc, mais parle sans complexe de tradition à des lectrices qui sont à 80% musulmanes.

« Les femmes se marient en habit traditionnel, qu’elles soient marocaines, algériennes ou tunisiennes. Donc on va présenter les nouvelles collections des créateurs comme le karakou algérien ou le caftan marocain qui font partie de la mode du Moyen et Proche Orient, explique Nathalie Durand rédactrice en chef de Gazelle. On parle aussi de la mode de prêt-à-porter, comment s’habille la femme au jour le jour, mais on parle beaucoup de mode traditionnel et de beauté aussi. On va montrer le dernier make-up de l’Oréal, mais aussi des recettes de beauté traditionnelles, des recettes qui se transmettent de mères aux filles. Comment faire pousser les cheveux plus rapidement en mettant de l’ail. Comment traiter sa peau avec de l’huile d’argan. »

Pas de mannequins

Dans Gazelle pas de mannequins, les modèles sont uniquement des femmes maghrébines. Les interviews tournent autour de la vie quotidienne. Objectif : dépasser les clichés, montrer autre chose que des femmes voilées, victimes, qui vivent en banlieue ou écoutent du RnB. Quoiqu’il en soit, le créneau de l’ethnique en magazine est souvent taxé de communautarisme, même si Nathalie Durand s’en défend :

« On se considère comme un magazine identitaire. Il y a des magazines qui s’intéresse aux seniors, il y a des magazines qui s’intéressent aux jeunes filles. Nous avons segmenté. On s’intéresse à cette femme à la double culture. On fait un magazine dans lequel elle se retrouve. Gazelle, cela la représente, cela la ressemble. On est un magazine d’ouverture et pas de fermeture à l’image d’une communauté. »

Alors ces magazines confortent-ils le chacun chez soi ou sont ils là pour faire bouger les lignes ? L’idéal français républicain qui prône l’assimilation s’en méfie. Leurs promoteurs estiment qu’ils pourraient être l’avenir de la presse dans une société française ou le multiculturalisme gagne du terrain.

Bandane Sisounthone/Isabelle Chenu, Radio France Internationale

http://www.rfi.fr/france/20111111-presse-ethnique-communautariste

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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