La crise de la dette se retourne contre l’euro-mark

Voilà des mois que les hommes politique, les experts, les économistes, les journalistes, et, bien entendu, les banquiers, nous le répètent : si la crise s’est installée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, et maintenant en France, ni les banques ni les agences de notation n’y sont pour rien. Et d’ailleurs, ajoutent-ils fréquemment : si votre enfant a de la fièvre, jeter le thermomètre à la poubelle ne sert à rien. Au contraire, le thermomètre rend service, il vous informe de ce que la santé de votre enfant – ou de votre économie –  n’est pas bonne.

Conclusion : regardez la fourmi allemande ! Elle ne jette pas l’argent par les fenêtres, elle a resserré la dépense publique, les salaires, et cet effort est récompensé par le divin marché : pour rembourser sa dette publique, l’Allemagne emprunte à des taux incroyables, moins de 2% ! La cigale française, elle – bouh qu’elle est vilaine ! – emprunte à des taux de plus en plus élevés, presque le double de ceux que l’on consent à la fourmi !

Oui mais il faut se méfier des gens qui nous parlent comme à des enfants  en nous racontant des fables à dormir debout. Il faut se méfier du sens commun. Le simple bon sens, lui, commanderait plutôt de se poser des questions : pourquoi des économies et donc des modèles aussi différents que l’Irlande, la Grèce et l’Espagne sont-ils touchés par ce même problème de dette publique ? Et pourquoi des pays qui sont tout aussi endettés que les états malades de l’Europe peuvent-ils continuer à emprunter à des taux beaucoup plus bas alors que leur endettement est comparable ou même supérieur (cas du Japon ou des Etats-unis) ? Et pourquoi, finalement, les états sont-ils contraints d’emprunter à des taux de 4, 5, 6 ou même 10% quand les banques de ces mêmes états empruntent, elles, à moins de 2% ?

Les marchés, comme on persiste à dire dans les médias pour ne pas expliquer ce qui se passe vraiment, les marchés, donc, nous ont donné hier une bonne leçon. La fourmi allemande a peiné à trouver des emprunteurs pour la dette allemande. Six milliards pour dix ans étaient donc proposés aux investisseurs au taux de 1,8%, faiblissime donc (surtout avec une inflation qui avoisine 2%), où elle était proposée. L’Allemagne a dû se contenter de vendre 3,6 milliards d’obligations, à un taux de 1,96%, le solde étant souscrit par la Bundesbank, la Banque centrale allemande.

La prospérité est comme le socialisme : elle a du mal à n’exister que dans un seul pays. Et celle de l’Allemagne ne saurait échapper à la récession qui frappe tout le continent. Pour deux raisons.

La première est que l’Allemagne étant presque le seul pays excédentaire en Europe, elle risque de devenir le seul garant (avec la France pour le moment) de la dette des autres pays, la situation des banques allemandes traduisant déjà cet état de fait latent.

La deuxième raison est que le ressort de la croissance allemande reposant sur les exportations, les économies de dépenses publiques qu’elle exige à corps et à cri de ses partenaires de l’Union européenne finissent par se retourner contre elle. On le voit bien avec la baisse de croissance prévue en Allemagne en 2011, 0,5 à 1%. D’ici à ce qu’on paye ces fainéants de Français et d’Italiens pour qu’ils achètent les produits teutons, il n’y a qu’un pas que nous nous garderons de franchir : pas question de devenir « germanophobe », comme Le Monde le titre aujourd’hui…

En attendant, et parce qu’un bon schéma vaut mieux qu’un long discours, nous pouvons lire et faire lire ce petit diaporama la dette pour les nuls, imaginé par Gizmo sur le site Stupidityz. On peut émettre certaines réserves sur l’idée de création monétaire – c’est du moins ce que nous a dit l’économiste Jacques Sapir – mais l’intéraction entre dette publique et dettes privées est bien expliquée :

Comment l’épisode du mercredi 23 novembre peut-il se traduire ? Pourra-t-il, enfin, provoquer un débat en Allemagne sur une stratégie économique fondée sur les exportations en Europe qui va forcément se retourner contre elle ? Ou au contraire renforcer les rangs de ceux qui, en Allemagne, militent pour un isolationnisme ? L’issue sera décsive pour les Allemands. mais aussi pour les autres Européens.

Philippe Cohen, Marianne

http://www.marianne2.fr/La-crise-de-la-dette-se-retourne-contre-l-euro-mark_a212815.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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