Les dribbles musicaux d’Omar Pene

Rassuré et encouragé par l’accueil réservé à son album Ndam, Omar Pene satisfait à nouveau ses envies d’acoustique avec Ndayaan. Puisant dans son grenier à titres, le quinquagénaire chanteur dakarois renoue avec l’esprit originel du Super Diamono, formation devenue une institution de la musique sénégalaise.

Il y a des limites, sur le plan artistique, qu’Omar Pene ne veut surtout pas franchir. Sans même aller jusqu’à imaginer qu’un projet le dépossède complètement de sa “sénégalité”, l’homme ne supporte pas l’idée qu’on puisse croire une seule seconde qu’il est en train de perdre son identité culturelle. “Pour rien au monde, je ne l’accepterai”, assure-t-il. Mais il ne ferme pas la porte, il pose juste les conditions. Aux partenaires éventuels d’accepter les termes de départ du deal.

La voie acoustique qu’il suit depuis une demi-décennie ne s’imposait pas d’elle-même, c’est en commençant à s’aventurer presque par hasard sur ce sentier que le chanteur s’est mis à l’apprécier. Et à ne presque plus le quitter. Si Myamba en 2005 relevait de l’expérimentation dans ce domaine, l’enregistrement de Ndam en 2009 a révélé le potentiel de la formule.

Et la tournée qui a suivi a apporté son lot d’enseignements. “On a vu que c’était un album un peu froid, avec beaucoup de ballades, et pas assez conçu pour la scène. On avait envie de faire bouger davantage le public, tout en conservant ce style”, analyse Omar. Du coup, le live a été pris en considération dans la réflexion au moment de concevoir Ndayaan, avec la même équipe que sur le disque précédent.

Passerelles entre deux mondes

A l’époque, les musiciens français sollicités, plutôt habitués à accompagner des figures de la variété française, ne connaissaient guère le registre du Super Diamono au sein duquel le Sénégalais s’est illustré. Entre leurs mondes, pour pouvoir échanger, ils ont construit des passerelles, et les ont petit à petit solidifiées, en cherchant aussi à les élargir pour faciliter la rencontre.

Omar apprécie, et parle de “symbiose” avec ses nouveaux complices. Lui aussi a voulu faire une partie du chemin, réduire la distance, naturellement, avec un titre chanté en français et composé à l’occasion, Plus on est de fous. Son “grenier”, où sont stockés près de 800 titres, lui a fourni cette fois encore l’essentiel de l’album : Tiki Tiki, Silmaxa, Circulation ou encore Chômage ont changé d’habits et dévoilé d’autres saveurs. Pas si inconnues que cela, en vérité, pour leur auteur. “Je suis un peu retourné à la case départ : quand on a commencé, on jouait ce genre de musique”, observe-t-il.

D’ailleurs, Ndayaan s’ouvre sur la toute première chanson qu’il ait écrite et interprétée au micro : Biita Bann. Retour en 1972. Le jeune homme, certainement sensibilisé par sa propre expérience de la rue, ressent le besoin d’exprimer son indignation devant les cas d’infanticides qui reviennent régulièrement dans les faits divers dakarois. Sur un air connu, il met ses mots. Lui qui se rêve footballeur et passe son temps la balle au pied va être repéré par un membre du Kadd Orchestra.

L’audition doit avoir lieu quelques jours plus tard. Le musicien insiste, et les copains du principal intéressé le poussent à tenter sa chance. “Dès qu’il nous a vus, le chef d’orchestre a voulu nous virer. Il croyait que nous étions les gosses du quartier qui venaient assister aux répétitions”, raconte-t-il. Biita Bann vaudra à Omar d’être engagé au Kadd Orchestra et de débuter une ascension rapide sur la scène locale, marqué ensuite par la formation du Super Diamono en 1975.

Université musicale

Son style qualifié d’”afro-feeling” traverse les générations. Aujourd’hui, le groupe apparaît comme une sorte d’université : une cinquantaine d’instrumentistes y ont été formés et contribuent à faire bouillir la marmite à idées de la musique sénégalaise, soit au service d’un autre artiste comme Youssou N’Dour, soit en solo à l’exemple d’Ismaël Lo, “un vrai pote” – tous deux habitent encore le même quartier.

Sa carrière internationale, favorisée par les nombreuses “colonies” sénégalaises en Afrique de l’Ouest comme dans le reste du monde, a pris un tournant depuis Ndam. Il s’est trouvé ce nouveau public qu’il cherchait pour donner un second souffle à sa musique. Le patron du Super Diamono n’entend pas pour autant négliger le marché local sur lequel il s’est longtemps appuyé. Animer des soirées dansantes, sortir des albums rythmés, il le fera encore.

Il s’est même risqué, après avoir vaincu ses appréhensions, à faire découvrir son répertoire acoustique à ses compatriotes, lors d’un concert donné l’an dernier à Dakar, place de l’Obélisque.“On entendait les mouches voler, les gens ont été chloroformés. Mais ils m’ont encouragé à continuer dans ce sens”, confie Omar, soulagé d’avoir reçu l’assentiment des siens avant d’embrayer sur Ndayaan.

Bertrand Lavaine, Radio France Internationale

http://www.rfimusique.com/actu-musique/musique-africaine/album/omar-pene-ndayaan-senegal

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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