Un nouveau concept, «les musulmans d’apparence»…

Alors que le candidat Sarkozy termine la tête haute et le statut de président retrouvé après l’encadrement de Toulouse, il lâche une phrase malheureuse sur les soldats tués par Mohamed Merah, «Comment dire… des musulmans d’apparence ». Une formule sans connotation raciste selon notre blogueuse associée Lait d’beu. Juste la preuve de son inculture!

Honnêtement, je ne crois pas que Nicolas Sarkozy ait voulu – même inconsciemment – utiliser une formule à connotation raciste. Ne pensez pas que je sois devenue sarkozyste ni prête à lui passer le moindre écart de langage mais la stricte honnêteté intellectuelle et morale me pousse à analyser sa phrase malheureuse. Pour Nicolas Sarkozy, deux des soldats tués par Merah étaient «musulmans d’apparence» (20 minutes 26 mars 2012) comme le double résultat de sa légendaire inculture et d’un embarras manifeste – comment nommer sans stigmatiser ? – perceptible sur la vidéo Sarkozy parle de « musulmans d’apparence » (Le Monde 26 mars 2012)car il commence sa malencontreuse périphrase par « Comment dire ? »…

Ben oui, quoi ! Au lieu de dire d’origine maghrébine… Peur qu’on lui fasse un procès d’intention, non en sorcellerie mais en racisme. J’avoue comprendre son embarras. Moi, qui ne suis pourtant pas raciste pour deux sous, il m’arrive d’éprouver pareil embarras pour relater certains faits dans mes articles. A cause d’une certaine bien-pensance sémantique qui interdit d’appeler un chat un chat au risque de se faire traiter de raciste. Quand bien même prendriez-vous la défense des personnes dont vous parlez.

Or, c’est précisément pour s’opposer aux propos absolument ignobles que Marine Le Pen venait de tenir dans un meeting près de Nantes Le Pen : «Combien de Merah dans les bateaux pour la France ?» (Nouvel Obs 25 mars 2012) que Nicolas Sarkozy s’est pris les pieds dans le tapis… L’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ?

C’est néanmoins le résultat d’un total manque de culture notamment historique et géo-politique – à moins que ce ne fût également un parti pris contre l’islam que j’ai condamné souventes fois – qui lui fait toujours parler de « musulmans » s’agissant des personnes originaires du Maghreb et du Proche ou Moyen-Orient. Comme si tous les ressortissants des pays arabes devaient forcément être musulmans. D’ailleurs, il devait souligner qu’un des militaires assassinés était catholique… Même pas conscience de sa méprise…

Comme si tous les musulmans étaient forcément arabes : ce que les musulmans nomment « l’Oumma » : désigne la communauté des musulmans à travers le monde entier. Ni les Africains qui professent la foi musulmane, ni ceux qui vivent en Inde, en Malaisie, en Indonésie, en Chine ou en Russie, etc. ne sont arabes. Sans même parler des convertis français. Souvent encore plus royalistes que le roi et dont certains sont tombés dans l’islamisme radical versus terrorisme.

Autant de questions passionnantes liées à l’histoire non seulement des religions – il faudrait également faire le départ entre toutes les obédiences se réclamant de l’Islam – mais aussi aux conquêtes arabes : le grand penseur Ibn Khaldoun (né à Tunis en 1332 et mort au Caire en 1406) historien, philosophe et homme politique – considéré fort justement comme le précurseur de la sociologie par son analyse des changements sociaux qu’il observa dans le monde arabe, notamment la propension à la conquête territoriale par des razzias, des attaques – une dynastie chassant l’autre. Les conquêtes s’étendant ensuite à d’autres territoires non sous influence arabe : les berbères en Afrique du Nord ne l’étaient pas, non plus bien entendu que les différentes ethnies qui peuplaient l’Andalousie au moment de la conquête.

J’ai lu ou entendu tout dernièrement que certains islamistes se réclameraient du « quiétisme » – je ne sais s’il y a quelque analogie avec le quiétisme catholique d’un Molina en Espagne au XVIIe siècle qui inspira Fénelon et Madame Guyon en France mais fut sévèrement condamné par Bossuet et Rome – toujours est-il qu’ils se refuseraient à toute forme de violence et même à une quelconque intervention dans la vie politique.

Comment voudriez-vous que Nicolas Sarkozy ait quelque connaissance en la matière ? J’avoue que j’avais déjà été sidérée à la lecture de l’article de Philippe Ridet sur Le Monde 2 Le président et moi (saison 2) (23 mars 2012) autrement critique que ses hagiographies de 2007, quand je lus, s’agissant des efforts de Nicolas Sarkozy pour se cultiver – ou paraître ? – que le « gros populaire », comme il se définissait, fait dans le raffinement et à l’âge où l’on relit ses classiques, lui les découvre. Plus question d’ironiser sur La Princesse de Clèves. La lecture de « La Chartreuse de Parme » lui arrache ce commentaire : « Fabrice del Dongo est un petit con qui passe à côté de Waterloo et de sa tante, et qui ne reconnaît même pas Napoléon quand il le croise… »

Cela fait déjà quelques années que j’ai relu le roman de Stendhal – que je préfère nettement au « Rouge et au noir » mais si Fabrice est sans doute passé à côté de Waterloo – dans la mesure où il se voulait un héros – j’ai le souvenir que sa description de cette bataille vécue sans doute aux ras des pâquerettes est l’une des meilleures, avec celle de Thackeray dans « La foire aux vanités »…

Philippe Ridet rapporte encore « qu’il se serait lancé dans sa « période » Stefan Zweig » – il me semble que c’est un auteur relativement à la mode en ce moment – et « s’enthousiasmerait comme un ado à la lecture de « La Confusion des sentiments », commentant « l’air rêveur « Le désir impossible à satisfaire »…surprenant de la part de « celui qui autrefois aurait préféré se pendre plutôt que d’avouer une frustration »… Il n’a même pas conscience de ses contradictions puisque d’un côté il affirme – son gimmick ces derniers mois – « Quand on vieillit, il faut devenir meilleur, c’est la seule façon d’accepter le temps qui passe » et dit tout en même temps « J’ai 25 ans ! »

Nous ne sommes pas forcés de le croire quant à l’appréciation de son âge – il a bien celui de ses artères et son fameux malaise vagal suivi d’une intervention sur les coronaires en témoigne – mais l’appréciation notée par Philippe Ridet à sa descente d’avion vaut son pesant de cacahuètes : « J’ai quitté il y a cinq ans un préadolescent, je retrouve un jeune homme »

MERDALOR ! La fonction présidentielle requiert de mon avis des adultes mûrs. L’Elysée n’est pas un « gymnase » à la mode grecque – censé former la jeunesse non seulement sur le plan sportif mais également intellectuel – non plus que le quinquennat soit une période probatoire pour ado attardé.

Même si je dis et maintiens que la culture est l’affaire de la vie toute entière. Parce que l’on ne peut prétendre tout savoir en sortant de l’école et qu’il reste moult choses à découvrir, apprendre et approfondir. Pas dans un esprit utilitaire. Plutôt le « gai savoir » chanté par Nietzsche. Une lecture sur un sujet en appelle souvent d’autres, ouvre des espaces nouveaux. Deux choses me guident essentiellement dans cette recherche : le plaisir et la curiosité. Le jour où elles disparaîtront, j’espère que ma tombe ne sera pas loin.

Je n’avais donc pas tort, envisageant d’écrire un article sur « La France, ce pays dont le Prince est un enfant »… m’inspirant bien entendu du titre de la pièce d’Henry de Montherlant mais également du verset de l’Ecclésiaste « Malheur au pays dont le roi est un enfant et dont les princes ont mangé dès le matin » (10-16)… Le fameux « Banquet » – non de Platon mais du Fouquet’s ! – et j’y ajoute bien volontiers quelques citations de l’Ecclésiaste : « Les propos d’un sage lui gagnent la faveur, mais les lèvres d’un insensé causent sa perte. Le début de ses paroles est sottise, et la fin de son discours est dangereuse insanité. Et le sot multiplie les paroles. L’homme ne connaît pas l’avenir ; qui pourra lui dire ce qui arrivera dans la suite ? »(Ecc. 10 – 12 à 14)…

J’avais donc écrit le 23 mars à l’ami « Coup de grisou » que j’avais vu sur BFMTV ou i-télé – à moins que ce ne fût LCP – la vidéo d’une intervention de Nicolas Sarkozy dans un meeting, le trouvant hésitant et parlant quasi comme un gamin. Cela me fit bien penser à du déjà-vu, style dessin animé mais impossible de mettre un nom dessus. Or, un peu plus tard, m’allant préparer un café dans la cuisine – curieusement, c’est là que je trouve le plus souvent la source de mon inspiration – je m’en souvins : c’était en fait la marionnette de Sylvester Stallone aux Guignols de l’Info sur Canal + (cela ne date pas d’aujourd’hui ni même d’hier) quand il expliquait l’économie aux « n’enfants »… Le même phrasé hésitant. Cela tombe bien puisqu’il est scientologue et serait le copain de Nicolas Sarkozy…

Pour parachever le tout, je tombe ce matin à la r’bidaine en lisant un article fort intéressant de Raphaëlle Bacqué Un président doit-il être cultivé ? (Le Monde 25 mars 2012). Je ne traiterais pas de la totalité du contenu, bien trop riche mais je m’intéresserais ici uniquement àune déclaration de Nicolas Sarkozy répondant à question de pourquoi il avait appelé Henri Guaino à ses côtés pour lui écrire ses discours : « Je suis un immigré sans diplôme. J’ai besoin qu’Henri m’apporte la France de Péguy et de Michelet ».

Il se fout carrément de la gueule du monde ! Si son père était certes immigré, il est né en France et sa mère était française. « Sans diplôme » ! Il attige grave, le Sarko… Encore une peu, et il nous la jouera enfant d’une banlieue déshéritée – Neuilly sur Seine, par exemple ? – d’une famille monoparentale dont la mère ne s’est nullement souciée de son éducation ni du suivi de ses études. Sorti sans diplôme du système éducatif à 16 ans.

Faut pas pousser ! Quand bien même aurais-je appris selon diverses sources que sa scolarité fut assez médiocre, à cette époque l’enseignement primaire autant que secondaire était encore d’une certaine qualité, avant que les multiples réformes – le « collège unique » ayant été plus que certainement la pire et la mère de toutes les conneries à venir – ne dévastent totalement l’Ecole. On y enseignait encore le français, l’histoire et la géographie de façon correcte. Sans même parler des autres disciplines.

Je lis sur sa fiche de Wikipedia qu’il a obtenu le bac (B) en 1973. Et une maîtrise de droit privé en 1978. Je passe sur les diplômes postérieurs. Je veux insister sur une caractéristique essentielle des études de droit, à savoir l’importance que l’on y attache en matière d’histoire.

Déjà, l’étude du droit constitutionnel – en 1ère année – traite bien évidemment non seulement des institutions politiques et des diverses constitutions depuis 1789 mais également des faits historiques liés à ces périodes. En outre, chaque année, les étudiants doivent suivre un cours d’histoire obligatoire. Enfin, chaque discipline consacre au moins la première séance à l’étude de l’histoire de la matière enseignée.

J’ai beau avoir commencé mes études de droit 16 ans après lui, je ne crois pas que les choses eussent été fort différentes sur le plan de l’importance accordée à l’histoire. Voilà un mec qui au terme de 20 ans de longues études – le plus souvent payées par le contribuable ! – déclare qu’il est « sans diplôme » et n’y connaître que dalle en histoire de France… Un vrai bouffon !

Lait d’beu, Marianne

http://www.marianne2.fr/Un-nouveau-concept-les-musulmans-d-apparence_a216646.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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