On ne change pas un Hollande qui gagne… dans les sondages

Pour son grand meeting de Vincennes, François Hollande l’a joué « efficace », déroulant sans surprises son programme, actionnant comme à son habitude l’arme de l’antisarkozysme et appelant une nouvelle fois (mais sans le nommer) au vote utile. À quoi bon, finalement, changer une méthode qui, depuis plus d’un an, paye. Du moins, dans les enquêtes d’opinion. Reste à confirmer dans les urnes…

« Entendez le souffle de la jeunesse, entendez son impatience ! » Le vent s’engouffre violemment sous la toile qui couvre la tribune et parvient à faire saturer les micros. Et voilà que François Hollande, obligé de s’interrompre, trouve le bon mot. Celui qui lui permet de retomber sur ses pattes. Un peu plus tôt, le soleil se fraye timidement un chemin entre les nuages et il s’en amuse, en levant le nez en l’air, d’une autre pirouette : « Même en haut, ils nous écoutent ! » « Ils » ? Les forces de l’esprit chères à Mitterrand qu’il convoque sans cesse ? Ou « Il » avec un « i » majuscule, celui qu’il est malvenu de convoquer lorsqu’on prétend à diriger notre République laïque ? Qu’importe la réponse à cette question : les quelque 100 000 personnes (d’après la police du PS) venues écouter, sous un ciel de plomb, le discours du candidat socialiste sur l’esplanade du Château de Vincennes, sont ravies de le voir jouer les acrobates. Et à chaque fois, la clameur monte de la marée de drapeaux colorés pour saluer la performance.

Mais ces deux digressions seront bien les seuls écarts qu’il se permettra. Car Hollande l’équilibriste aura, à Vincennes, sagement marché sur son fil, ne déviant jamais de sa route. Il a tenu son « cap », gardé sa « cohérence », comme il le dit. Le public a donc dû se contenter d’un discours maîtrisé à l’excès, une sorte de compilation de toutes ses prises de parole effectuées depuis maintenant plus d’un an. À quoi bon changer puisque les sondages prédisent au candidat de gauche le meilleur ?

Son programme, par exemple. Il l’a déroulé, comme il l’a déjà présenté aux soixante-douze coins du pays : banque publique d’investissement, nouvel « acte de décentralisation », réforme fiscale, égalité salariale hommes-femmes, « droit au mariage pour tous ». Et pour retrouver cet élan qu’il avait pris au Bourget, il enchaîne les phrases dignes de « mon seul adversaire, c’est la finance » : « Je serai le Président d’une République plus forte que les marchés »« Je ne me soumettrai pas »« Je serai le Président de la fin des privilèges, je serai le Président de la justice, je serai le Président de la réconciliation », etc.

«JE NE VOUS DEMANDE PAS DE M’AIDER. JE VOUS DEMANDE D’AIDER LA FRANCE»

L’antisarkozysme ? Évidemment, le Corrézien s’est à nouveau emparé de ce puissant levier, de cette arme de mobilisation massive : « Pourquoi prolonger ce qui a failli ? Il faut en finir avec ce quinquennat, tourner la page, clore la parenthèse ». La ficelle de l’antisarkozysme est grosse. Mais elle marche. L’équilibriste Hollande le sait. Elle lui offre cet air qui parfois lui manque pour prononcer ses discours. La preuve : le public familial de Vincennes en redemande presque. Alors une fois qu’il la tient, cette ficelle, il ne la lâche plus et l’actionne jusqu’à moquer Nicolas Sarkozy qui a prétendu s’être rendu à Fukushima: « Il n’y est jamais allé. Eh bien, il y retournera ! », explique Hollande, comme s’il souhaitait à son adversaire d’interminables vacances.

Quelques minutes auparavant, justement, Nicolas Sarkozy tenait meeting place de la Concorde et lançait à ses troupes et à la « majorité silencieuse » qu’il veut réunir derrière lui un : « Aidez-moi » ! Hollande, lui  répond : « Je ne vous demande pas de m’aider. Je vous demande d’aider la France » ! Mais pourtant, de l’aide, le député corrézien va lui aussi en avoir besoin. Et il le sait. Car tout le début de son discours est un appel à la mobilisation : « Nous avons d’abord à vaincre le fatalisme, le découragement », explique-t-il à la foule qu’il encourage à ne pas « se disperser » ou « se réfugier dans des votes sans lendemain ». Un appel au vote utile qui ne dit pas son nom. C’est le « vote efficace » comme préfère l’appeler les lieutenants hollandais. « Efficace », c’est bien d’ailleurs le qualificatif qui colle à ce meeting de Vincennes. Ni plus, ni moins. Reste à savoir si cette « efficacité » est à la hauteur des événements, à la hauteur de cette crise que le candidat socialiste n’a fait qu’effleurer pendant son discours, à la hauteur tout simplement des attentes des Français…

Gérald Andrieu, Marianne

http://www.marianne2.fr/On-ne-change-pas-un-Hollande-qui-gagne-dans-les-sondages_a216973.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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