Bossi: la fin d’une époque

Le «Senatur» comme on dit en Padanie (Nord de l’Italie) Umberto Bossi a dû démissionner de son poste de secrétaire de la Ligue du Nord en raison d’enquêtes pour détournement de fonds dans son parti. Le mouvement xénophobe et sécessionniste – ou fédéraliste dans sa version douce- d’Umberto Bossi s’était pourtant fait une spécialité de taxer Rome de «voleuse». Et voilà que les Italiens découvrent que la famille Bossi détournait allègrement les financements destinés au parti, et qu’en outre le blanchiment de capitaux de la mafia calabraise (la n’drangheta) pourrait aussi être en jeu.

Après le départ de Silvio Berlusconi de la présidence du Conseil au profit du gouvernement de techniciens de Mario Monti, ce scandale signe vraiment la fin d’une époque en Italie. Celle où deux hommes, Silvio Berlusconi et Umberto Bossi, liés par des liens d’amitié, imprimaient à la vie politique de leur pays une cadence populiste, transgressive, qui ravissait un petit peuple frondeur, même s’il n’était pas toujours dupe… La Ligue ne représentait certes qu’environ 8% des voix, mais jusqu’à 20% dans le Nord du pays. Et même le quotidien de gauche la Repubblica lui reconnait un mérite: avoir fait entendre la voix du Nord et défendre ses intérêts.

Aujourd’hui, Umberto Bossi tente de «faire le ménage», tandis que Roberto Maroni, ex-ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Silvio Berlusconi essaie d’assurer sa prise sur la Ligue du Nord. Le premier aura fort à faire, d’autant plus que sa famille proche est en jeu, en particulier ses quatre fils. La tâche du second n’est pas moins difficile, car il n’a pas les mêmes liens avec le Parti des Libertés que son prédécesseur. De plus, selon un sondage de Sky TG24, 72% des Italiens ne voient pas d’avenir à la Ligue sans son fondateur. Et que celui-ci soit resté président –titre honorifique- de son parti n’y change rien.

Se renettoyer les mains

Accablés par les difficultés matérielles, les Italiens vivent, sous la houlette de Mario Monti, une période de vaches maigres qui signe un indispensable mais difficile retour à la réalité. La récession est là, les réformes bousculent les positions acquises, les taxes pèsent lourd. Et pour l’heure, le chômage est toujours plus pressant. Car les effets de la libéralisation ne seront évidemment pas immédiats. L’austérité économique imposée par la crise de la dette se double donc désormais d’une remise en cause morale des moeurs politiques «d’avant».

Mais, si la droite populiste italienne est en régression, le centre et la gauche ne montrent pas vraiment de signes de redressement. Incapables de s’unir pour gouverner, ils ont largement facilité la tâche de conquête du pouvoir de Silvio Berlusconi ces dernières années. Seront-ils capables de reprendre le pouvoir en 2013, date théorique de retrait du gouvernement technique de Mario Monti? Rien n’est moins sûr. Mais maintenant que l’alliance entre le PDL d’après Berlusconi et la Ligue est caduque, on verra peut être se dessiner des accords entre le PDL et le Parti démocratique de centre gauche, comme cela vient de se produire sur le sujet central de la législation sur la flexibilité du travail proposée par Mario Monti.

Pour ce dernier, en tout cas, l’affaiblissement du seul parti qui avait opté pour une opposition frontale au gouvernement de technocrates qu’il dirige, constitue un répit bienvenu.

Dans ce paysage politique en pleine recomposition, une chose ne varie pas: l’ombre de la mafia qui plane sur la politique. Si l’on en croitRoberto Saviano, l’auteur de Gomorra, qui risque sa vie chaque jour pour dénoncer cet état de fait, la mafia règne en Italie, mais pas seulement. Dans son dernier livre, paru en mars en France (Le combat continue, ed. Robert Laffont), cet écrivain journaliste menacé de mort par la Camorra souligne que les organisations criminelles maffieuses n’existent pas seulement en Italie mais aussi, par exemple, en France…

Marie-Laure Cittanova, Slate.fr

http://www.slate.fr/story/53439/bossi-la-fin-epoque-italie

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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