Un Mélenchon dernier cri

Ne rien lâcher. Surtout pas maintenant. «Je vais tracter jusqu’à vendredi soir 23 h 59 et après je parlerai aux gens autour de moi.»Drapeau rouge Front de gauche dans une main, Mathilde, 23 ans, est comme tous les partisans venus hier soir dans le grand hall du Parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris pour le dernier discours de campagne de Jean-Luc Mélenchon : déterminée à battre le Front national. Marie-Jo, syndicaliste CGT de 60 ans et son écharpe rouge, en est convaincue : «Jean-Luc Mélenchon sera d’après moi à 14-15%, et Marine Le Pen, même si elle remonte, fera la même chose. Ça va se jouer après la virgule entre eux. Mais il sera devant, j’en suis convaincue.»

L’objectif de Mélenchon est le même : «Il faut que nous mettions fin et que nous brisions le verrou que les Le Pen, père et fille, opèrent sur la situation politique.» Devant environ 30 000 personnes (60 000 selon le Front de gauche), le candidat met un dernier coup de cravache pour réussir un de ses principaux objectifs : finir devant Le Pen. «En en faisant le diable de confort, en servant de prétexte, poursuit-il, elle permet aux autres d’appeler à des regroupements sans principe et sans idée !» «Cantinière des croisades», «Yeti de la politique française» pour qui «le problème n’est pas le banquier mais l’immigré»,la candidate d’extrême droite se prend une nouvelle volée. «Je le dis et j’en suis fier : tout le monde mange des merguez et du couscous dans ce pays, l’intégration est réussie !» lance-t-il sous les applaudissements et quelques youyous.

«Ennemi». Fustigeant la proposition du FN d’augmenter les salaires de 200 euros en coupant dans les cotisations salariales, Mélenchon rappelle qu’il compte, «par décret», faire monter le Smic à 1 700 euros. Répartition des richesses, «planification écologique»… il égrène les idées portées dans sa campagne puis en appelle aux électeurs de gauche pour un autre «vote utile» et «une conscience éclairée par le sentiment de la fraternité». «Vous ferez une bonne action pour notre pays mais aussi pour toute l’Europe ! Venez nous aider, non seulement à battre le Front national, mais à faire avancer le niveau des exigences et des revendications qui montent du peuple !» «Relevez ce défi ! Ne vous laissez pas impressionner, restez libre de vos votes»,avait plaidé avant lui Pierre Laurent, chef du PCF. Car «l’ennemi»Le Pen est de retour.

Dans l’euphorie de la dynamique de campagne, Mélenchon et les siens s’étaient pris à rêver d’un «dévissage» de Sarkozy leur permettant d’atteindre le second tour. Mais à trois jours du scrutin, le candidat cale dans les intentions de vote. Il est crédité de 13% à 15% des voix quand Le Pen, elle, repasse devant lui dans toutes les enquêtes (entre 14% et 17%). «Le FN, c’est notre bâton de maréchal», se réjouissait Mélenchon la semaine dernière. Même à l’Usine, son siège de campagne, on redoute une poussée du vote d’extrême droite. «Les retours du terrain nous montrent qu’il faut faire attention à ne pas sous-estimer le FN», pointe Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.«Rien n’est fait, rien n’est assuré, poursuit François Delapierre, directeur de campagne. Si on arrive derrière Le Pen, on sera déçu, c’est sûr. Mais on fera la liste de ceux qui ont aidé Le Pen.»

En cause : les médias, accusés d’avoir remis en scène la candidate d’extrême droite en la portant en une et d’avoir relayé plusieurs polémiques sur Mélenchon. «Le système a défendu Marine Le Pen»,dénonce Delapierre, sans rire. Pour un Front de gauche soucieux, dans cette élection, de «casser le bipartisme», arriver devant le FN dimanche est un impératif. Tout comme «défaire la droite», a insisté Mélenchon. Car «l’inéluctable révolution citoyenne» qu’il souhaite et la«VIe République» qu’il promet ne peuvent se faire qu’en «chass[ant] Sarkozy» : «Nous allons briser sur le Vieux Continent l’axe Merkozy, le cœur de l’Europe austéritaire !»

«Hard». Reste une question de sémantique : s’il n’est pas au second tour, appellera-t-il clairement à voter François Hollande ? «Si l’impression que ça donne c’est qu’on est tombé d’accord avec les socialistes, on ne le fera pas, explique Delapierre. Sinon des millions de gens nous en voudront et n’iront pas voter.» «Mais il y aura un appel très clair à battre Sarkozy», assure Eric Coquerel, conseiller de Mélenchon. D’autres formations du Front de gauche aimeraient un soutien plus franc. «L’entre deux tours va être hard du côté de Sarkozy, confiait il y a peu Pierre Laurent. Il ne faut pas qu’on donne l’impression de finasser.» «Il n’y aura pas de différences entre Jean-Luc et Pierre, jure Dartigolles. On va caler les éléments de langage dimanche en fonction du résultat.» Seule certitude : pas de meeting commun avec Hollande dans l’entre deux tours.

En plus du défilé du 1er mai, Mélenchon et les siens réfléchissent à leur propre initiative. Hier soir, à la fin du meeting, celui qui se faisait appeler «Santerre» dans sa jeunesse trotskiste en hommage à un révolutionnaire de 1789 a fait demander aux siens de se prendre par la main pour se jurer de «rester unis» par «le serment de la Porte de Versailles». La «force» déjà tournée vers les législatives de juin. Et des retrouvailles avec l’autre Front.

Lilian Alemagna et Marion Michel, Libération

http://www.liberation.fr/politiques/2012/04/19/un-melenchon-dernier-cri_813037

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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