François Hollande : l’incroyable revanche du candidat «normal»

«Avec le temps, va, tout s’en va… » La voix de François Hollande s’élève dans la salle. Autour des tables, les invités ont interrompu leurs conversations. Ce soir de juillet 2008, les ténors du Parti socialiste se sont donné rendez-vous à Montmartre pour le mariage du député-maire du XVIIIe, Daniel Vaillant.

Bertrand Delanoë et Lionel Jospin ont repris en chœur « le Temps des cerises », « la Complainte de la butte ». Hollande, lui, a choisi de réciter le célèbre hymne à l’amour déçu de Léo Ferré. « Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu… Et l’on se sent floué par les années perdues », dit le texte. C’est sa chanson préférée, mais difficile de ne pas y voir un message… La défaite de son ex-compagne à la présidentielle, un an plus tôt, a marqué un double échec, sur le plan politique comme dans sa vie personnelle. Son règne à la tête du PS s’achève dans un mépris teinté d’opprobre. François Hollande est alors un homme ébranlé à l’avenir improbable.

Avec le temps, va… Quatre ans plus tard, le voilà président! Au terme d’un retour sur lequel personne n’aurait parié 1 € à l’époque. A 57 ans, François Hollande vient d’accomplir un rêve qu’il caressait depuis longtemps. Et de venger la gauche qui n’avait plus connu la victoire à une présidentielle depuis François Mitterrand. Comment lui, le petit homme de Corrèze à l’allure affable, le « mou » qu’on a si souvent décrié, est-il parvenu à décrocher la magistrature suprême? Comme souvent dans les grandes aventures politiques, cette résurrection est le fruit d’une détermination sans faille et d’un coup de pouce du destin. Celui de François Hollande a basculé une nuit de mai 2011, dans la suite d’un Sofitel à New York, qui l’a fait passer du rang de figurant de la primaire socialiste à celui de favori. « On prépare la rampe de lancement pour le jour où Dominique Strauss-Kahn ne sera pas candidat », répétait, depuis quelques mois, son vieux copain Michel Sapin, comme pour s’en convaincre. L’un comme l’autre étaient pourtant loin d’imaginer pareilles circonstances…

Un ténor socialiste : «C’est un grand pragmatique, pas un théoricien»

François Hollande a toujours cru en son étoile. Et depuis longtemps. Sa mère, disparue il y a quatre ans, ne déclara-t-elle pas un jour qu’il leur disait depuis tout petit vouloir être président? « On n’y croyait pas. On n’y croit toujours pas d’ailleurs », ajoutait-elle dans un rire. Le petit « François » a brigué tous les mandats qui s’offraient à lui, dès son plus jeune âge. « Pourquoi ne votent-ils pas tous pour moi? Je me suis toujours posé cette question. Déjà comme délégué de classe, puis à Sciences-po, à l’ENA, aux législatives », confia-t-il à des lycéens, au cours de sa campagne. Il y a de l’orgueil dans le propos. La certitude aussi de pouvoir y arriver mieux que les autres. Hollande est un faux modeste, sûr de son intelligence.

Quand il quitte la direction du PS en novembre 2008, le maire de Tulle entame un long chemin pour remonter la pente. Un parcours quasi initiatique qui le renvoie, comme au début de sa carrière, dans son fief de Corrèze. Puis sur les routes de France, qu’il sillonne assis sur la banquette arrière de son monospace jonchée de journaux. A-t-il douté de ses chances? Oui. De son ambition? Non. Entouré d’une poignée de fidèles, il pose un diagnostic aiguisé sur le marché des candidatures à la présidentielle. Convaincu que la politique est une affaire d’offre, il estime que le temps n’est plus aux superhéros, qu’ils s’appellent Sarkozy ou DSK. Son image d’homme simple et discret aurait pu être un handicap. Il la revendique. « Est-ce que je suis normal? Oui. Mais je crois que le temps d’un président normal est venu », confie-t-il en décembre 2010. La phrase lui vaudra des railleries jusque dans son propre camp.

Le ton de sa candidature est donné, il lui faut désormais un programme. Que pense vraiment François Hollande? Les chancelleries étrangères, qui cherchaient ces dernières semaines à en savoir un peu plus sur le favori des sondages, n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. « A la différence de Mitterrand, Jospin ou Strauss-Kahn, il n’a jamais écrit, n’a jamais fait de grandes conférences, c’est un grand pragmatique, pas un théoricien », témoigne un ténor socialiste. Fils d’un médecin de droite, tendance Tixier-Vignancourt, et d’une assistante sociale, Hollande est un homme de gauche qui s’est construit tout seul ou presque. Trop jeune en 1968 pour céder aux sirènes révolutionnaires, c’est un social-démocrate convaincu qui a grandi dans l’ombre de Delors, puis de Jospin.

Hollande : «J’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent»

Pour 2012, crise oblige, il ne s’est fixé que deux priorités : la justice fiscale — sa marotte — et la jeunesse. De Lorient à Périgueux, de la première à la dernière étape de sa campagne, il développe et précise son programme, avec des accents mendésistes qui étonnent.

Le combat politique est une affaire de sang-froid et François Hollande n’en manque pas. Avant de se lancer dans la bataille, il entreprend un travail sur lui-même, maigrit jusqu’à inquiéter ses propres amis et remise son humour corrosif qui lui valait au PS le surnom de M. Petites Blagues. La campagne des primaires auxquelles il ne croyait guère sera à l’image de la stratégie qu’il a élaborée tout seul pour la présidentielle : zéro faute, zéro risque. A défaut d’être spectaculaire, la méthode se révèle efficace. « Son discours ne nous offre aucun angle d’attaque », se désespérait un ministre de Sarkozy, fin mars.

Au fil des semaines, les éléphants de la rue de Solferino ont appris à (re)découvrir le Flamby qu’ils moquaient autrefois. « Au début, certains riaient sous cape en le voyant taper de ses petits poings sur la table, raconte un membre du comité stratégique. Mais, à la fin, plus personne ne mouftait. » Instruits par la défaite de Royal en 2007, les socialistes ont pour une fois — pour un temps seulement? — su taire leurs discordes. « Je n’ai jamais vu une campagne aussi rassembleuse, se félicitait Hollande il y a dix jours. On a mis tout le monde dans le coup, jeunes et moins jeunes. Jospin et Chevènement se sont même reparlé! »

Avec le temps… les Français vont apprendre à connaître leur nouveau président. A qui ressemblera-t-il? Il y a du Chirac dans cet homme capable d’embrasser la France entière et de serrer toutes les mains qu’il croise. « J’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent », a-t-il dit au Bourget. Un propos de meeting, mais pas seulement. Hollande le reconnaît lui-même : depuis qu’il s’est lancé en politique, il a passé plus de temps avec des Français qu’il ne connaissait pas qu’avec ses propres enfants. Il y a du Mitterrand aussi, au-delà des mimiques d’estrade, pour sa façon de compartimenter et de trancher seul au final. Pas grand-chose de Sarkozy, dont il n’a cessé de dénoncer les excès et l’incohérence. Il reste à trouver sa marque, son style. « J’ai vu tout de suite et depuis très longtemps que quelque chose s’était noué entre les Français et moi. Pour battre Sarkozy sans doute, mais aussi à un moment pour moi-même », assure-t-il. Prouver aux Français qu’ils l’ont choisi pour lui et non contre l’autre, c’est son prochain défi. « Avec le temps, va, tout s’en va… » Au mariage de Daniel Vaillant, François Hollande avait médusé l’assistance en changeant la fin des paroles. Et remplacé « on n’aime plus » par « on aime encore »…

Matthieu Croissandeau, Le Parisien

http://www.leparisien.fr/election-presidentielle-2012/candidats/hollande-l-incroyable-revanche-du-candidat-normal-07-05-2012-1988130.php

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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