Face à Merkel, Hollande doit s’appuyer sur sa légitimité démocratique

On se croirait revenu au temps béni de l’ORTF. Qu’un présentateur vedette du journal du soir devienne le porte-parole officiel du gouvernement, plus personne ne pourrait l‘imaginer en France. Et pourtant c’est bel et bien ce qui s’est passé en Allemagne. Depuis près de deux ans, Steffen Seibert, l’un des journalistes préférés de la ZDF, n’est autre que le très officiel attaché de presse de Madame Merkel. Quant à son élégance verbale, il sait en faire preuve pour dire tout haut ce que la chancelière pense tout bas. Dernier exemple en date, sa sortie sur le refus allemand de renégocier le « pacte fiscal européen ».

Depuis le 6 mai 20 heures, l’ambiguïté allemande se dévoile d’heure en heure. D’abord, la carotte, puis le bâton. Après avoir immédiatement et chaleureusement félicité François Hollande pour son succès et adressé une invitation à se rendre à Berlin dès sa prise de fonction, la chancelière allemande manifeste une nouvelle fois sa mauvaise humeur face aux exigences du Président nouvellement élu. Via Steffen Seibert, elle réaffirme ses positions de principe et son attachement à l’orthodoxie financière. Déclarant ainsi que « notre conviction est que la croissance ne peut pas être promue par des plans de relance, que l’Europe ne peut plus se permettre », la chef du gouvernement allemand ne laisse pas planer le moindre doute sur ses réelles attentions.

Que François Hollande l’admette ou non, il aura à faire face à une interlocutrice qui ne lui fera que très peu de concessions. Dotée d’un sens de la diplomatie relativement peu pourvu, plus connue pour son inflexibilité que pour son goût du compromis, Angela Merkel est en quelque sorte le contraire du nouveau président de la République française. Qu’il ne s’en laisse pas compter et qu’il ne tombe surtout pas dans le jeu de sa future et redoutable partenaire : voilà le seul conseil que l’on peut lui prodiguer en ce jour.

Que François Hollande sache aussi que les Allemands, dans leur grande majorité, ne sont pas très bien disposés à son égard. Dans un sondage paru le vendredi précédant le second tour de la présidentielle, 54% d’entre eux considéraient que Sarkozy serait meilleur pour l’Allemagne – Hollande ne recueillant, pour sa part, que 24% d’opinions favorables. Et même les électeurs du SPD semblent lui faire faux bond, 42% contre 35% lui préférant le « candidat sortant ». D’ailleurs, est-ce par analyse politique, la lecture de la presse outre-Rhin, voire par quelques expériences sur place ou plusieurs contacts personnels, peu nombreux étaient nos voisins à imaginer l’arrivée d’un socialiste à l’Elysée en 2012.

Il ne faut pas se voiler la face. Malgré les déclarations de bonnes intentions, les relations Merkel/Hollande ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. François Hollande, à peine élu, est devenu le chantre européen de la croissance, alors qu’Angela Merkel demeure le symbole de l’assainissement des finances publiques, de la rigueur, voire de l’austérité. Pourtant, ni l’un ni l’autre n’ont intérêt à remettre en cause le tandem France/Allemagne. N’ayant pas le droit à l’erreur, tous les deux en porteraient peu ou prou la responsabilité politique. Parce que leur poids pèse si fort en Europe, ils sont obligés de respecter cette vielle règle d’or franco-allemande, selon laquelle sans « donnant-donnant » entre les deux pays, il n’y a pas de salut en Europe. Que François Hollande lâche du lest sur les « eurobonds », cela est envisageable ; qu’Angela Merkel accède à la demande française de revoir certaines clauses du « pacte fiscal européen », cela est plus que souhaitable.

Toutefois, rien ne permet encore de l’affirmer. Bien que nettement moins expérimenté que ne l’est son homologue allemande, François Hollande pourrait profiter de l’avantage que sa très récente légitimité démocratique lui confère. A l’heure où la chancelière affronte quelques difficultés de politique intérieure, devient la cible de critiques feutrées venues d’autres partenaires européens, se voit contrainte de s’interroger sur l’issue du scrutin grec, voire est obligée de prendre en compte les multiples déclarations qui revendiquent plus de croissance, les rapports de force ont quelque peu évolué en faveur du Président nouvellement élu. Alors qu’Angela Merkel se trouve légèrement sur la défensive, à François Hollande d’en tirer parti et de ne pas succomber à la stratégie imaginée par la chancelière – car sinon, ce serait déjà trop tard !

Gilbert Casasus, Marianne

http://www.marianne2.fr/Face-a-Merkel-Hollande-doit-s-appuyer-sur-sa-legitimite-democratique_a217384.html

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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