La Grèce cherche sa tête, l’Europe s’impatiente

Austérité. Face à l’incertitude politique qui règne dans le pays, l’UE se divise sur l’option à suivre : assouplissement budgétaire ou ligne dure.

L’avenir de la Grèce dans la zone euro va encore dominer la semaine. A commencer par l’Eurogroupe de ce soir. Huit jours après les législatives du 6 mai, le pays reste ingouvernable. Hier, c’était au tour du président de la République, Carolos Papoulias, de tenter d’arracher la constitution d’un gouvernement de coalition. Mais sa rencontre avec les dirigeants des trois partis arrivés en tête a été un échec : Alexis Tsipras, leader de la gauche radicale Syriza, a catégoriquement exclu de participer à un gouvernement qui ne jetterait pas aux orties le programme d’austérité «criminel» exigé par les créanciers de la Grèce. Selon Antonis Samaras, leader conservateur de la Nouvelle Démocratie (ND, arrivée en tête avec 19% des voix), Syriza refuse de soutenir une coalition, même si celle-ci s’engageait à «renégocier» l’accord conclu fin 2011 avec la troïka (UE, BCE et FMI) en échange du nouveau prêt de 130 milliards d’euros.

«Acropole, adieu !» Totalement désavoués par les électeurs, les deux grands partis – la Nouvelle Démocratie et les socialistes du Pasok – ont pourtant proposé un gouvernement intérimaire de deux ans, avec maintien dans la zone euro, mais changement «drastique» du plan d’austérité. Ces deux partis, à qui il manque deux sièges pour pouvoir gouverner ensemble, ont besoin d’un troisième partenaire. A défaut de l’accord de Syriza, le nouveau petit parti de gauche proeuropéen Dimar pourrait accepter une alliance avec ND et le Pasok. Sauf qu’il a lui aussi une exigence : l’abrogation «immédiate» des lois qui ont réduit les salaires et facilité les licenciements.

Reste qu’une solution doit impérativement être trouvée d’ici jeudi, faute de quoi de nouvelles élections auront lieu le 17 juin. Or, selon un sondage publié hier par l’hebdomadaire To Vima, 72% des Grecs veulent que les partis coopèrent «à tout prix», et 78% souhaitent un gouvernement qui fasse «tout ce qu’il faut» pour que la Grèce reste dans l’euro. Mais paradoxalement, en cas de retour aux urnes, c’est Syriza qui arriverait cette fois en tête, avec 20% à 25 % des voix, et l’assurance d’un clash à Bruxelles. Quelle que soit l’issue des tractations en cours, la colère exprimée par les Grecs dans les urnes a donc des chances de conduire à un desserrement de la camisole imposée au pays. D’autant que l’économiste en chef de l’OCDE, l’italien Pier Carlo Padoan, a plaidé hier dans La Stampa pour un assouplissement du pacte budgétaire, amenant encore un peu d’eau au moulin de François Hollande.

De leur côté, l’Allemagne et la Commission européenne maintiennent la pression. Et multiplient les avertissements : si Athènes ne respecte pas ses promesses, elle peut dire adieu aux aides de l’Europe et du Fonds monétaire international. A Berlin, le ton se fait aussi plus dur. «La zone euro peut supporter une sortie de la Grèce», a menacé le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Et l’influent hebdomadaire Der Spiegel, jusqu’ici moins hellénophobe que la presse populaire, publie ce matin une «une» sans appel : «Acropole, adieu ! Pourquoi la Grèce doit quitter l’euro

«Grexit». Restés jusqu’ici relativement calmes, les marchés financiers vont-ils encore supporter longtemps cette incertitude ? Le jargon des traders s’est juste enrichi d’un nouveau mot : «Grexit», contraction de Grèce et exit, pour désigner le scénario vedette du moment. Dans une note publiée vendredi, l’agence de notation Fitch ne prend pas l’affaire à la légère : en cas d’une sortie de la Grèce, c’est la note de tous les pays de la zone euro qui serait menacée de dégradation…

Nathalie Dubois, Libération

http://www.liberation.fr/economie/2012/05/13/la-grece-cherche-sa-tete-l-europe-s-impatiente_818493

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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