JB Moundele, l’Afrique au bout du sax

Tombé amoureux du continent africain et de ses musiques avec lesquels il s’est familiarisé en accompagnant de nombreux artistes dont l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly, le saxophoniste français JB Moundele donne sa vision personnelle du jazz mandingue sur son premier album Fanka Bi Na.

L’instinct, plutôt que les raisonnements intellectualisés. La spontanéité, plutôt que les calculs. C’est avec ces principes que JB Moundele définit son approche de la musique, voire même de l’existence en général. Lui qui reconnait avoir toujours été en décalage avec la France et sa société de consommation a trouvé en Afrique une façon de fonctionner qui correspondait pleinement à sa vision de la vie.

Le “Blanc Noir” 

Jean-Bapstiste Dobiecki, natif de Créteil, en banlieue parisienne, est donc devenu JB Moundele – un nom fabriqué à partir de l’expression “moundele ndombi” qui signifie “le Blanc Noir” en lingala, au Congo. Sur la pochette de son premier album tout juste commercialisé, Fanka Bi Na, la mention “jazz mandingue” rappelle en filigrane que le saxophoniste nourrit aussi de longue date une passion pour le jazz. Avec une attirance particulière pour l’univers du groupe austro-américain Weather Report et son concentré de talents (Jaco Pastorius, Joe Zawinul, Wayne Shorter), qu’il découvre à l’adolescence. Ou encore David Sanborn, qui a traversé les courants au cours de sa carrière avec son saxophone. Il cite aussi Grover Washington Jr, et John Coltrane, qu’il trouve “rapidement” sur son chemin.

A la maison durant l’enfance, il a écouté “énormément” de classique. “Ça me saoulait pas mal mais ça m’a donné une oreille et une culture malgré moi !” La clarinette est son premier instrument. L’expérience ne dure guère. L’enseignement, très théorique, qu’il reçoit au conservatoire ne lui convient pas du tout et le “dégoute”. Plus tard, pour jouer avec ses copains qui ont des guitares, il s’achète un sax et prend des cours à la maison des jeunes et de la culture.

Menuisier de formation, il se fait embaucher à Salon de Provence, dans le sud de la France. Un emploi “mal payé et pas intéressant du tout” qui le place dans des dispositions favorables pour être rattrapé par la musique. Il se met à l’envisager comme une activité professionnelle, encouragé par un ami qui gravite déjà dans le monde de la variété. Trois semaines à New York, incontournable capitale historique du jazz, produisent sur lui un effet à long terme.“Un moment clé”, lâche-t-il. Là-bas règne un état d’esprit différent : “Les musiciens qui sont très forts vous ouvrent les bras. Il y a un sens de la transmission, du partage. Ça m’a ouvert, mentalement. J’ai compris que la musique, ce n’est pas faire 10 000 notes mais une façon de toucher les gens, de groover. Et qu’il ne faut pas se limiter.”

Coup de cœur pour l’Afrique

A son retour de l’autre côté de l’Atlantique, à Paris, JB fréquente Tiacoh Sadia, batteur ivoirien qui s’est illustré entre autres pour le compte de Salif KeitaMory KanteJacques Higelin et réside aujourd’hui aux États-Unis. Il travaille les rythmes africains, à l’égard desquels il ressent une forme de proximité. Avec le Camerounais Gino Sitson“le Bobby McFerrin africain”, il approfondit ses connaissances et s’installe un peu plus sur ce terrain d’un jazz métissé. En 2000, il l’accompagne dans son pays pour prendre part à un festival : premier voyage sur ce continent pour le Français et coup de cœur immédiat. “Depuis, dès que j’en ai la possibilité, j’y vais. C’est un besoin”, ajoute-t-il. Ce qui représente à peu près un tiers de son temps.

Direction Abidjan, où il se rend désormais régulièrement. La Côte-d’Ivoire, malgré les années de crise politique, demeure un haut lieu de l’activité musicale en Afrique de l’Ouest. “Par rapport à Bamako, Dakar et Conakry que je connais aussi, il y a plus de studios et de clubs pour jouer”, estime JB.

Un jazz libre

Une décennie passée dans le groupe de Tiken Jah Fakoly a contribué à satisfaire sa soif d’Afrique, et lui a apporté une certaine crédibilité auprès d’artistes qui l’ont ainsi repéré et le sollicitent de plus en plus pour des sessions d’enregistrement et des concerts, comme Ismaël Isaac tout récemment. Ou même des mariages traditionnels. D’autant, rappelle-t-il, que les joueurs de cuivres n’y sont pas légion. Et qu’il a su s’accommoder des conditions et tarifs locaux !

A travers les dix titres de Fanka Bi Na, il exprime ce qu’il a capitalisé durant cette période africaine. A force de se pencher sur les morceaux de ceux qu’il accompagne pour en comprendre le rythme, l’harmonie et la mélodie, il s’est approprié ces genres musicaux. Sa culture jazz s’est avérée utile pour répondre à ses envies de composer. “Le fait d’improviser t’amène à développer le côté créatif”, explique-t-il.

Sur l’album, on croise des chanteurs avec lesquels il a collaboré, comme le reggaeman ivoirien Beta Simon installé en France, ou tout simplement rencontrés lors de tournées, à l’image de la Guinéenne Hadja Kouyaté, lorsqu’elle faisait partie du projet African Divas de Frédéric Galliano. Avec leurs voix, ils servent la philosophie de JB : “Ne pas se mettre de barrières.”

Bertrand Lavaine, Radio France Internationale

http://www.rfimusique.com/actu-musique/jazz/album/jb-moundele-fanka-bi-na

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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