A Montréal, «la loi spéciale, on s’en câlisse»

Pour le 100ème jour de la grève étudiante, plusieurs dizaines de milliers de Québécois étaient ce mardi dans les rues de Montréal pour crier leur mécontentement. Quinze semaines après le début d’une fronde étudiante, le conflit s’est mué en une véritable contestation sociale.

Le ciel est capricieux. Mais rien n’aurait pu empêcher Bernard, 69 ans, de venir manifester aux côtés des étudiants. «J’ai manifesté quand j’étais jeune pour la gratuité scolaire. Quand on est allé à l’université, on ne payait pratiquement rien. Je ne comprends pas que les gens de mon âge puissent s’opposer à ce dont ils ont profité», s’étonne ce professeur à la retraite.

Depuis 3 mois, la province vibre au son des manifestations. Le 22 mars et le 22 avril, plus de 150 000 personnes, étudiants, professeurs, mais aussi syndiqués, artistes et écologistes ont manifesté leur opposition à la hausse des droits d’inscription à l’université. Malgré la pression, le gouvernement libéral de Jean Charest n’a jamais trouvé de terrain d’entente avec les syndicats étudiants.

Après plus de 200 manifestations de jour et de nuit à Montréal, le gouvernement a adopté une loi d’exception, suspendant le trimestre et restreignant le droit de manifester, en imposant notamment des amendes salées aux organisateurs et participants de manifestations illégales. Une mesure qui, loin de calmer les esprits, ne passe pas.

Désobéissance civile

Observant les dizaines de milliers de personnes autour de lui, Gabriel Nadeau Dubois, jeune porte-parole d’un syndicat étudiant la Classe, qui refuse de se plier à la loi, constate : «c’est un geste massif de désobéissance civile». «Si le gouvernement est conséquent avec sa loi, il devra donner des amendes à des dizaines de milliers de personnes», estime le jeune homme.

Si les manifestations nocturnes du week-end ont donné lieu à des débordements, la manifestation de mardi après-midi s’est déroulée, elle, dans une ambiance plutôt bon enfant. Jean-François y participe avec ses quatre enfants et sa femme. «C’est important : c’est pour leur futur, dit-il. Je trouve déjà les frais trop élevés : il ne faut pas en ajouter.»

A Montréal, la loi spéciale, appelée loi 78, n’a pas encore été appliquée par la police. Mais bien des manifestants refusent de se laisser impressionner par les amendes qu’ils pourraient avoir (jusqu’à plusieurs milliers de dollars).

«Il faut continuer, on ne peut pas lâcher», croit Jacynthe, 24 ans, étudiante en arts visuels. Dans les slogans, c’est le Premier ministre Jean Charest, au pouvoir depuis près de 10 ans, qui est visé par les manifestants. «Cela n’a aucun sens de passer une loi aussi anti-démocratique», dit Mireille, jeune retraitée du monde universitaire.«Charest, il ne comprendra jamais. On n’est pas écoutés», regrette-t-elle.

Anabelle Nicoud, Libération

http://www.liberation.fr/monde/2012/05/23/a-montreal-la-loi-speciale-on-s-en-calisse_820699

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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