Après Bankia, l’effet domino est à craindre

Dette. L’économiste Sara Baliña analyse les difficultés liées à la recapitalisation des banques espagnoles

«Avec une prime de risque à 500 points, il est très difficile de se financer» : hier, le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, a exprimé son inquiétude quant à la capacité de son pays à faire face à la crise de confiance des marchés financiers. Même s’il a écarté l’hypothèse d’un «sauvetage extérieur» (via le Mécanisme européen de stabilité), le dirigeant conservateur n’a pas nié la suspicion croissante pesant sur le système bancaire espagnol, après le «sauvetage» avec de l’argent public de Bankia, quatrième banque du pays, à hauteur de 23,5 milliards d’euros, un record. Sara Baliña, économiste à Analistas financieros internacionales (AFI), analyse la situation.

Quel est le degré de gravité de la crise espagnole ?

Il est élevé, c’est indéniable. Le plus inquiétant, c’est cette série de rechutes depuis novembre 2011. Malgré les liquidités fournies par la Banque centrale européenne, cela n’a pas empêché la situation d’empirer. En février et en mai, le ministère des Finances a exigé des banques des provisionnements qui se sont révélés notoirement insuffisants. On a la sensation que le renflouement demeure toujours en deçà des besoins réels, et cela n’est pas de nature à rassurer. La dégradation de la conjoncture, avec le retour en récession cette année, n’arrange rien. Le gouvernement doit réduire un déficit très élevé [de 8,9% à 5,3%, d’ici fin à 2012, ndlr] ; cela a un impact sur la situation des PME et des familles, déjà très endettées, et se répercute sur le portefeuille des crédits bancaires. Bref, c’est un cercle vicieux qui aggrave la crise à tous les niveaux.

Après la Grèce, l’Irlande et le Portugal, l’Europe va-t-elle devoir voler au secours de l’Espagne ?

Le risque est réel. Mais, dans les trois pays que vous citez, c’était un sauvetage centré sur les dettes souveraines. Dans le cas de l’Espagne, il s’agirait d’un sauvetage sectoriel, celui du système bancaire. Ce qui préoccupe avant tout les marchés, c’est le volume réel des actifs bancaires suspects liés au marché immobilier ; tant que tous ces actifs n’ont pas affleuré, il est difficile d’imaginer que la confiance revienne.

L’affaire de Bankia, avec un engagement de couverture publique sans précédent [23,5 milliards d’euros], offre deux lectures pour les marchés : ou bien ils estiment que le «matelas» financier garanti par l’Etat est conséquent, de nature à restaurer la confiance dans un secteur qu’on soupçonne infesté de créances douteuses ; ou bien ils estiment que l’intervention publique est l’aveu d’une réalité bien pire. Pour l’heure, je n’ai pas la réponse à cette question.

Le journal El Mundo évoque la nécessité d’injecter 30 autres milliards d’euros dans trois caisses d’épargne. De quoi nourrir des craintes ?

Oui. Après Bankia, l’effet domino est à craindre et pourrait avoir des conséquences inquiétantes. D’autant que le sauvetage public de Bankia semble devoir passer par l’apport de dette publique, sous forme de bons du Trésor, sans que soit émise de nouvelles dettes sur les marchés, trop volatils. Il est fort probable que, pour se recapitaliser, Bankia échange donc ces titres auprès de la Banque centrale européenne contre des liquidités – une forme d’aide européenne déguisée.

Quant à la crise de la dette souveraine, la prime de risque record sur les émissions d’obligations complique bien sûr le financement, étant donné ces taux d’intérêt prohibitifs. Plus grave sera le jour où il n’y aura plus de demande pour acheter de la dette. Il faudra alors une solution européenne d’envergure pour l’Espagne…

Propos recueillis par François Musseau, Libération

http://www.liberation.fr/economie/2012/05/28/apres-bankia-l-effet-domino-est-a-craindre_822031

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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