Allons enfants de l’Azawad…

Mise à jour du 1er juin 2012: Dans un communiqué de son bureau politique et de son bureau exécutif, le  MNLA  signifie son rejet catégorique de l’accord signé le 26 mai avec Ansar Dine à Gao. En cause, la promotion d’un islamisme trop radical incompatible avec les valeurs de laïcité prônée par le mouvement rebelle touareg. L’Etat islamique indépendant de l’Azawad fondé sur le Coran et régi par la charia ne devrait donc pas voir le jour.

Le monde “civilisé” frémit à l’idée de voir naître un émirat taliban en plein cœur de l’Afrique noire; un califat islamiste à la lisière du Sahara et du Sahel, dans ce territoire presque entièrement désertique du Nord du Mali que l’on nommait déjà traditionnellement “Azawad”. Mais le monde s’inquiète-il vraiment pour ces populations qu’il a largement ignorées depuis l’annonce d’une grave crise alimentaire? Rien n’est moins sûr. C’est peut-être moins à la chair humaine qu’à la chère pierre que l’on pense. N’est-ce pas le sort des richesses touristiques qui préoccupe? Tombouctou et Gao, les deux villes maliennes inscrites sur la liste du patrimoine mondial d’une UNESCO déjà financièrement malmenée; les ruines médiévales et les gravures rupestres de la zone d’Essouk; la région de l’Adrar des Ifoghas où les apprentis aventuriers viennent faire du trek.

Tétanisée, la communauté internationale voit les barbes islamistes pousser hors de leur terrier et tenter d’imposer leurs lois sur une zone devenue, par ailleurs, plaque tournante des trafics de toutes sortes. Echaudé par l’aventure libyenne de son prédécesseur, le nouveau président français exhorte les pays africains à saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies. Sait-il que l’Union africaine se cherche toujours un président de Commission et que la CEDEAO est concentrée sur la situation de Bamako?

Quant au puissant voisin, l’Algérie –dont sont originaires maints dirigeants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique–, il cultive l’ambiguïté. Au XVIe siècle, le sultan marocain Ahmed al-Mansur Saadi avait profité de l’instabilité de l’empire Songhaï pour fondre sur Gao puis Tombouctou. De nos jours, quelle carte jouera Alger sur la carte malienne, le pays maghrébin observant que les Touaregs s’émancipent avec fragilité? Il faudra scruter l’ambiance, le 9 juin, lorsque se déroulera le match de football délocalisé Algérie-Mali…

Unité qui menace celle du Mali

Pendant que les uns tergiversent et que les autres s’enlisent, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et le groupe islamiste Ansar Dine tentent une unité qui menace celle du Mali. Evidemment, l’indépendance incantatoire de l’Azawad ne suffit pas à créer un Etat fonctionnel. Peut-être, d’ailleurs, les autorités de la capitale malienne attendent-elles que les djihadistes et les Touareg se rognent le nez. L’ébauche de ce nouveau pays finira-t-elle explosée ou implosée?

Pas facile pour les indépendantistes de se mettre d’accord sur la forme du nouvel Etat. La datte de discorde est la charia (loi islamique), cet ensemble de normes doctrinales lui-même sujet à caution parmi les exégètes de l’Islam. L’Azawad deviendra-t-il la cinquième république islamique du monde? Les quatre autres ne semblent pas des exemples de grands épanouissement. La République islamique d’Afghanistan continue de dénombrer des morts. La République islamique de Mauritanie traîne les boulets de récents putschs militaires et de l’esclavage moderne. La République islamique d’Iran rechigne à s’intégrer pleinement dans la communauté internationale.

La République islamique du Pakistan ne se départit pas de sa réputation de bienveillance à l’égard du terrorisme international.

Qu’en sera-t-il de l’Etat islamique de l’Azawad? A bien y regarder, les cinq piliers de l’Islam ne semblent pas inapplicables au Nord-Mali. Le jeûne? Rien de plus facile dans une région menacée de disette. La prière? Facilement suscitée au sein d’une population terrorisée qui ne peut que s’en remettre au Très-haut. Le pèlerinage? Tentant pour des Maliens du Nord qui ne rêvent que d’exil. L’aumône et la charité? On y vient vite en période de dèche…

Petite liste de détails à régler

Le territoire de l’Azawad a déjà ses 822 000 km2, son drapeau aux bandes verte, rouge et noir et au triangle jaune et sa capitale, Gao. Il ne reste aux apprentis gouvernants qu’une petite liste de détails à régler, afin que le nouvel Etat bénéficie d’une page Wikipedia renouvelée:

– Un gentilé officiel: les habitants de l’Etat islamique de l’Azawad pourraient se baptiser «azawais» et «azawaise» ou «azawadien» et «Azawadienne».

– Une monnaie: lorsque le contact sera définitivement rompu avec les instances monétaires du franc cfa -instances dominées par des pays hostiles à son indépendance- l’Azawad pourrait revenir au cauri. Avant le troc…

– Un nom d’équipe de football: Azawad signifiant «territoire de transhumance»  en langue tamasheq, les footeux pourraient être les «bovins de l’Azawad», à moins que ne s’impose l’intitulé «les barbus de l’Azawad». A moins que cette compétition en short ne soit jugée indigne d’un territoire islamique…

– Une armoirie: une combinaison de signes empruntés à l’alphabet tifinagh fera l’affaire, saupoudrée de quelques arabesques.

– Un hymne national: le chant du muezzin suffira, la musique risquant d’être interdite, comme dans la ville somalienne de Jowhar, par les islamistes radicaux shebab.

– Un fuseau horaire: à bien regarder le mode de fonctionnement des islamistes d’Ansar Dine, on pourrait se croire en 2012 moins 1000 ans. Le décalage horaire avec le reste du monde est tel que c’est le calendrier qu’il faut changer.

– Une langue officielle: pour gommer la dispersion entre langues touareg, songhaï et peul, l’arabe pourrait être privilégié…

– Un système judiciaire: la politique de la main tendue sera remplacée par celle de la main coupée.

– Une constitution: il suffira de copier-coller quelques sourates de nature à encadrer le comportement quotidien. De la constitution actuelle du Mali, l’article 2 du Titre premier (“des droits et devoirs de la personne humaine”) sera légèrement aménagé. «Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits» deviendra «Tous les hommes (avec petit “h”) naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les femmes, elles, sont déjà parfaitement identiques dans leurs burqa». «Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique est prohibée» sera remplacé par «Toute discrimination fondée sur la religion est encouragée».

– Une devise : «la barbe ou la mort nous vaincrons”.

– Un domaine internet : “.halal”.

Damien Glez, Slate Afrique

http://www.slateafrique.com/88205/allons-enfants-de-azawad-mnla-mali

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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