Le bon choix de Ben Zabo

Chanteur et guitariste, mais aussi technicien du plus grand studio de Bamako, le Malien Ben Zabo crée la surprise avec son premier album dans lequel il se fait le porte-étendard de la culture méconnue de l’ethnie bwa, avec des arrangements modernes qui rappellent la démarche de son brillant compatriote, Sorry Bamba.

“Petit, tu as de l’avenir, mais tu dois voir clair : le reggae, la salsa ne sont pas ta musique. Tu ne pourras pas faire un long chemin avec elles. Joue les rythmes de chez toi.” Ben Zabo se souvient très bien du conseil que lui a donné ce soir-là, Cheick Tidiane Seck, après un concert au cours duquel ils s’étaient retrouvés ensemble sur scène à Bamako. Les paroles du “guerrier”, incomparable dénicheur et connecteur de talents à Paris comme en Afrique, ont produit leur effet sur le jeune homme.

Quand il interprétait un titre empreint de sa culture bwa, région située au sud-est du pays, il sentait bien que le public réagissait très favorablement. Mais il regardait ailleurs : “J’avais une idole : Alpha Blondy. Je voulais faire du reggae pur et dur”, confie celui qui était alors “Ras Arouna” dans le milieu musical bamakois. Sans doute à cause du poids des traditions, dont il n’est pas si aisé de s’affranchir. Et le jeune trentenaire de rappeler qu’“au village, l’utilisation des instruments traditionnels était réservée aux griots, il n’y a pas à‘tergiversifié’ là-dessus”.

Donc ce n’était pas pour lui, né d’un enseignant bambara marié à une femme bo. La guitare, en revanche, était plutôt un objet de fierté. Marqué par un “tonton” guitariste qui s’installait tous les soirs sur le pas de sa porte pour répéter, Ben Zabo a appris en passant les soirées chez le fils du chef d’orchestre de la formation locale, à l’époque où chaque cercle, chaque préfecture du Mali participait à une biennale artistique au rôle moteur.

A la maison, il y a les cassettes du Super Biton, du Kanaga de Mopti, valeurs sûres de la scène malienne. Ou encore celles du Nigérian Fela Kuti dont raffole le jeune homme. Comme il est le benjamin du groupe avec lequel il débute, il est chargé de l’installation et du branchement du matériel. Il y prend goût. Au point d’être recommandé lorsque le studio Bogolan, la plus importante structure d’enregistrement du Mali, cherche en 2007 un assistant ingénieur du son.

Venu à Bamako pour y suivre des études de pharmacie, il a rapidement tourné la page, mais s’est inscrit au réputé conservatoire de la capitale pour se spécialiser dans son domaine. Arouna Coulibaly – son nom à l’état civil – observe attentivement les artistes, les producteurs qui défilent au studio. En janvier 2009, l’Américain Chris Eckman vient enregistrer son groupe Dirt Music ainsi que les Touaregs Tamikrest, rencontrés un an plus tôt au Festival au désert.

Le technicien, à l’aise en anglais, entraine l’ex-guitariste des Walkabouts dans les clubs de la ville, une fois les sessions finies. Quand l’occasion se présente, il prend le micro. Intéressé par la façon dont Arouna-Ben Zabo transcrit les rythmes bwa, Eckman alerte le patron du label allemand Glitterhouse. Une audition, une maquette brute, et le projet de disque démarre. “Ce n’était pas ma première tentative. En 2008, j’avais essayé mais les moyens financiers et la situation actuelle du marché musical ont fait que ça n’a pas abouti”, rappelle le musicien de Tominian.

La matière est là, à aménager pour que l’enregistrement puisse avoir lieu en live : un saxophoniste ivoirien est appelé en renfort pour donner aux cuivres une place de choix ; des choeurs féminins sont ajoutés sur quelques titres, idée du producteur qui sait dialoguer sans imposer afin de mettre en valeur les morceaux. “Chez les Bwa, la valeur d’une musique, c’est sa rythmique”, raconte Ben Zabo, pour expliquer sa différence avec le courant mandingue qui domine la scène malienne. Son album en est la parfaite illustration.

Bertrand Lavaine, Radio France Internationale

http://www.rfimusique.com/actu-musique/musique-africaine/album/ben-zabo-mali-cheick-tidiane-seck

About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
This entry was posted in Music. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s