Syrie : deux ou trois choses qui vont changer désormais…

Quelle que soit l’issue du drame syrien que l’actualité récente s’acharne à nous présenter comme un vaudeville, il existe déjà des leçons à tirer de cet effroyable imbroglio diplomatico-politique.

 
Première leçon. Le retour des opinions publiques. On connaît la phrase célèbre que Giraudoux met dans la bouche d’Ulysse dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu : « Le privilège des grands, c’est de voir les catastrophes d’une terrasse ». Phrase sortie toute armée de la diplomatie du XIXe siècle. Phrase qui résume combien les peuples sont des quantités négligeables dans les prises de décision. Les conflits récents ont largement montré combien ils pouvaient se trouver victimes des théories les plus folles. 

Nous l’oublions – ou nous feignons de l’oublier – mais il y eut une époque pas si lointaine où des publicistes néo-conservateurs en déficit de notoriété étaient prêts à mettre la planète à feu et à sang (et pas seulement en Irak !) pour justifier leurs présupposés idéologiques. 

La décision de David Cameron de porter le débat sur l’intervention militaire en Syrie au Parlement ainsi que l’initiative de Barack Obama de faire le siège du Congrès américain pour obtenir le feu vert est une véritable révolution et pas un « accident » de parcours comme on s’acharne à vouloir le dépeindre dans les chancelleries occidentales. Si ces deux fins politiques adoptent cette démarche, c’est qu’ils savent bien tous les deux que la donne a changé et qu’on ne peut plus enjamber comme autrefois les opinions publiques sous peine de trébucher. 
  
Deuxième leçon. Elle découle de la première. Si les opinions pèsent, aujourd’hui, cela signifie que les alliances peuvent à tout moment être remises en question. A chaque conflit, les cartes peuvent être battues et redistribuées. Il faut donc que l’on arrête d’employer à tort et à travers l’expression « Les Alliés » pour définir le « camp occidental ». Drôle d’allié en vérité que celui qui peut se défiler à l’issue d’un vote (Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers).  Si cette unité de façade se délite aussi vite lorsqu’il s’agit de frapper ponctuellement la Syrie de Bachar el Assad, on peut douter de la détermination des anciens Alliés lorsqu’il faudra frapper l’Iran. Cela a parfaitement été compris par Netanyahou. 

Au « passage », il est permis de s’interroger dans ces conditions sur la signification de la présence de la France dans le commandant intégré de l’Otan. Il est vrai que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, mandaté par François Hollande a pondu un rapport pour nous assurer que quitter le commandement n’était pas une option. Dans un entretien accordé àLibération, il a toutefois ajouté : «Il est un peu tôt pour évaluer» ce retour, «parce que certains effets potentiellement positifs ou négatifs ne se développeront qu’avec le temps». Eh bien, cher cousin Hub, je pense que c’est le moment d’évaluer. 
  
Troisième leçon. On a souvent décrit – non sans raison – la société syrienne comme un millefeuille religieux, ethnique et politique. L’expression même de « millefeuille » a été reprise ces derniers temps des milliers de fois par des commentateurs, observateurs et autres bateleurs d’estrade médiatique. L’auteur de ces lignes n’a pas échappé à cette facilité. Mais curieusement, cette information n’était pas encore parvenue aux oreilles de nos politiques. Depuis une dizaine de jours, c’est fou à quel point, umpistes comme socialistes, écolos comme fachos, viennent de prendre conscience tout à coup de « l’Orient compliqué » pour reprendre la formule gaullienne. 

Faites en l’expérience : écoutez un de nos élus ou représentants interrogés sur la question syrienne, ils vont commencer invariablement par un « c’est compliqué ». Sans blague ? Que la situation est complexe, nous le savons et il n’est pas besoin d’établir les différences et les points communs entre les chaldéens et les monophysites, entre les druzes yézides et les bédouins chiites, pour en prendre conscience. Ce qui est inquiétant est précisément que nos politiques répondent par  « c’est compliqué » sans rien avoir à nous dire d’autre que cette insipide constatation.

 
 
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About Marc Leprêtre

Marc Leprêtre is researcher in sociolinguistics, history and political science. Born in Etterbeek (Belgium), he lives in Barcelona (Spain) since 1982. He holds a PhD in History and a BA in Sociolinguistics. He is currently head of studies and prospective at the Centre for Contemporary Affairs (Government of Catalonia). Devoted Springsteen and Barça fan…
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